La « Seule Constante » des Mourides est-elle Wade ? (Par A. Aziz Mbacké Majalis)

La venue annoncée de l'ancien président de la République va certainement mobiliser les foules et s'annonce probablement triomphale. Pour qui connaît la conjoncture socioéconomique actuelle du pays, la psychologie profonde des sénégalais et la capacité, maintes fois prouvée, du Président Wade de convoquer ces ressorts qui sommeillent en chacun d'entre nous, les jours à venir s’annoncent, pour le moins, assez « explosifs » et mouvementés pour notre pays (avec ou sans autorisation de manifestation de l’Etat).

 

 

Dans ce contexte sociopolitique exacerbé à la fois par la traque des biens mal acquis, certains tâtonnements du régime actuel, l'absence d'une réelle vision prospective des populations, de plus en plus confrontées aux multiples difficultés d'un pays dit « Macky », sur leur devenir, des voix commencent à se faire entendre pour affirmer, au nom du Mouridisme, leur soutien à l’illustre visiteur. Soutien appelé à se manifester à travers un accueil fervent et sans précédent, à Touba et ailleurs, auquel tous les disciples de Serigne Touba seraient vivement conviés. Des communiqués sur les médias, des articles commandités et de nombreux posts sur Facebook de condisciples mourides semblant même accréditer, à nos yeux, l’idée que le PDS était finalement devenu le Parti Mouride.

 

 

Des prises de position publiques qui, en tant que chercheur sur l'Islam, membre du leadership mouride, simple disciple de Cheikh A. Bamba et citoyen sénégalais, ne manquent point de nous interpeller. Quitte même à encourir la désapprobation de la majorité de ces condisciples sur cette question. Sachant que le minimum d'honnêteté intellectuelle et la sincérité de notre engagement dans le service de Cheikhoul Khadim valent infiniment mieux à nos yeux que le consensualisme confortable et l'apologie de nos semblables (ce qui veut dire que nul condisciple mouride n’est en vérité obligé de partager nos positions sur la question ; la critique et la saine confrontation d’ idées étant même nécessaire).

 

 

Nous avons toujours été profondément dubitatif, pour ne pas dire réfractaire, envers les postures et nombreuses dérives de l’ancien Président et de son régime. Même aux moments les plus intenses d'exaltation des mourides, aux débuts des années 2000, suscitée par ses spectaculaires gestes et déclarations d'appartenance confrérique. Pour la simple raison que, contrairement à beaucoup de nos concitoyens, qui avaient la malheureuse manie de prendre les propos de nos hommes politiques pour argent comptant, nous nous sommes toujours, plus ou moins, méfié de cette démagogie qui les poussait souvent à s'approprier indûment ou à manipuler les valeurs et symboles religieux pour assouvir leur soif de pouvoir. Et il faut avouer que notre ancien Président était un virtuose en cette matière. Et que l'histoire nous a spectaculairement donné raison (à travers nos contributions et prises de positions publiques) sur beaucoup de nos condisciples éprouvant alors un certain mal à comprendre notre réticence envers un régime qui proclamait pourtant partout ostensiblement sa « mouridité ». Tellement les mourides sincères et clairvoyants ont peu à peu réalisé la réelle nocivité des pratiques de ce régime envers les véritables valeurs léguées par Cheikh A. Bamba, contrairement aux assurances et engagements apparents.

 

 

Qui, en effet, a le plus banalisé, dans notre pays, et étendu un peu partout la corruption et la gabegie au point d'en faire la règle et la chose la « mieux partagée » chez la plupart des sénégalais ? Au point même de convaincre aujourd'hui de plus en plus de condisciples et de citoyens qu'il suffisait maintenant d’offrir des « mallettes d'argent » aux marabouts pour les « acheter » et s'assurer de leur soutien ? Quel régime a osé manœuvrer pour inscrire un Khalife Général des Mourides (Serigne Saliou Mbacké, en l’occurrence) dans une liste électorale et dont le dirigeant s’est permis de répondre, lorsqu’il fut interrogé à ce sujet : « En tant que citoyen, il a parfaitement le droit de figurer sur une liste electorale » !? Qui a fait échouer le projet de réalisation de centaines de kilomètres de routes bitumées à l’intérieur de Touba que Serigne Saliou comptait entreprendre avec un financement d’une dizaine de milliards, sur fonds propres de la communauté ? Des milliards que le Président n’hésita pas à récupérer, sous les promesses les plus fallacieuses faites au Saint homme, sans que celui-ci put voir de son vivant la matérialisation de cette haute ambition pour la ville sainte ? Les mourides qui comptent aujourd’hui aller accueillir en grande pompe l’ancien président (ce dont ils ont parfaitement le droit, en tant que citoyens), se sont-ils jamais demandé comment, après douze années d’un régime qui s’affichait si ouvertement « pro mouride », la ville sainte de Touba, dépourvues de toutes infrastructures d’évacuation d’eau dignes de ce nom, connut l’une des inondations les plus spectaculaires de son histoire récente, au point même que la grande mosquée fut envahie par les eaux ? D’aucuns seraient, certes, tentés de nous objecter, pour réfuter nos arguments, certains « gestes forts » de ce régime, comme l’octroi du terrain de la mosquée Masâlikoul Jinân, l’extension du titre foncier de Touba etc. Se fonder sur ces seuls actes, comme le voudraient certains, pour justifier un engagement qui ferait littéralement de nous tous des « baye fall » de Wade, nous semble relever d’une certaine naïveté politique » ou d’une autre motivation moins avouable. En effet, ces gestes ne devraient nullement, à notre avis, être perçus comme des « faveurs » particulières faites à la communauté mouride (comme l’a jusqu’ici voulu une certaine formulation du « contrat social » sénégalais), mais tout simplement comme un « droit » auquel toute congrégation religieuse (surtout l’une des plus représentatives du pays, sur tous les plans) peut légitimement bénéficier. Les contribuables mourides, comme tous les autres citoyens sénégalais et composantes de cette nation, ayant plein droit de prétendre à une utilisation de leurs propres ressources (simplement collectées et réinvesties par l’Etat) à la réalisation de projets conformes à leurs valeurs culturelles, sociales et religieuses. Exprimer sa satisfaction à la puissance publique qui s’en acquitte avec diligence peut, certes, paraître normal et légitime. Mais s’y fonder, tout en omettant délibérément ses autres actes moins positifs, pour s’inféoder littéralement corps et âme dans cet Etat nous paraît assez inconséquent. Tout ceci pour dire que Wade a plutôt enrichi CERTAINS d’entre nous que la PLUPART d’entre nous. Et qu’il a, en réalité, plus œuvré pour ses intérêts politiques et financiers personnels et ceux de son clan que ceux de la majorité des populations et même du projet de société (basé sur les valeurs) de Serigne Touba.

 

 

Voici un certain nombre de questions que tout mouride clairvoyant se doit de se poser. Quel président a fait voter la parité homme-femme (que l’on sait être un concept maçonnique) dans notre pays ? Quel régime, durant cette dernière décennie, a favorisé la déliquescence des mœurs actuellement dénoncée par tous : l'absence du sens de l'honneur et de la dignité (niakk diom ak niakk doylu), le manque de pudeur (niakk kersa ak looy rouss), les pratiques ostentatoires (ngistal), la transhumance politique et morale, le reniement de la parole donnée, l’enrichissement rapide et injustifié, l’accélération des logiques de prédation etc. ? Et que l'on ne nous dise surtout pas que « cela a toujours existé dans notre pays, bien avant ce régime », ou que ce sont tout simplement les règles du jeu politique. Pour la simple raison que, non seulement l'existence de ces maux dans notre société n'a pas été ralentie ou atténuée par les pratiques de ce régime, mais au contraire un grand nombre d'actes qu'il posait quotidiennement avaient fini de décimer le peu que les anti-modèles mondialisés avait laissé de ces valeurs. D’autre part, la pratique politique n’exempte aucunement, que l’on sache, un véritable croyant et un mouride véridique (sadikh) de se conformer aux vertus et principes sacrosaints de l’Islam et aux enseignements inculqués par le Serviteur du Prophète à ses disciples. Elle n’autorise pas non plus à corrompre la foi des musulmans et à dissiper le bien public. Ou bien pensez-vous, chers condisciples mourides, que la corruption serait une valeur compatible avec le message de Serigne Touba ? Qu’il suffise à un talibé, fut-il président, de financer un projet religieux ou d'enrichir certains dignitaires pour se permettre toutes les compromissions financières explicitement condamnées par notre religion ? Quel est donc ce nouveau et étrange « mouridisme » que l’on nous propose ? Que tout citoyen qui le souhaite, exprime son soutien envers l’ancien régime ou le camp politique qu’il veut, ne nous pose donc aucun problème. Ce qui nous en pose plutôt, c’est lorsque l’on prétend le faire au nom des valeurs et du projet de société de Cheikh A. Bamba, qui n’a absolument rien à voir avec les dérives et manipulations commises en son nom…

 

 

En disant tout ceci nous sommes loin de tomber, comme le font malheureusement beaucoup d’entre nous, dans certains lieux communs et pièges. Nous ne nions ainsi nullement certaines réalisations et ruptures salutaires que le courage politique et la vigueur de la vision du Président Wade ont apportées à ce pays. Ceci, en termes d’infrastructures, de résistance par rapport au modèle laïque et économique du précarré historique de la Françafrique, de grands projets structurants, de capacités à rechercher et à mobiliser les ressources etc. Sur ces points, nous croyons même que nos dirigeants actuels gagneraient beaucoup à apprendre du Président Wade. Mais, malgré l’importance non négligeable de ces avancées, celles-ci furent très souvent, il faut en convenir aussi, mitigées par les nombreuses pratiques loin d’être orthodoxes, comme les surfacturations scandaleuses, certains montages financiers et accointances problématiques etc.

 

 

Nous ne tombons pas non plus, en critiquant l’ancien régime, dans le piège consistant à adouber sans réserve et à donner un blanc seing à l’actuel régime. Au contraire, autant, pour nous, il a existé des éléments très négatifs dans le bilan global de Wade, qui nous mènent à le condamner, autant nous en trouvons également sur certaines prémices loin d’être rassurantes et dans certaines erreurs manifestes du régime de Macky (qui s’est construit à partir des dérives du système qu'il entend aujourd'hui déconstruire). Certaines étant même, à notre avis, une réminiscence ou une perpétuation des mêmes pratiques politiciennes décriées, en dépit de toute la rhétorique médiatique actuelle et les déclarations de bonne foi. Comme le prouvent, en matière religieuse, certains reflexes « gauchistes » et « laïcistes » qui, sous couvert d’une prétendue restauration des « valeurs républicaines », entend en réalité reléguer la religion dans un champ laïque qui ne saurait être le sien dans notre pays. De même que les nombreux signes de l’allégeance réitérée de notre pays à la France, de plus en plus manifestés par ce régime, et notre dépendance accrue par rapport aux flux de capitaux étrangers qu’entraine le PSE etc.

 

 

Au vu de tout ceci, une question que l’on peut légitimement se poser est, comment se fait-il que, deux ans à peine après le rejet massif et sans appel de notre peuple des dérives du régime de l’Alternance, l’on en soit encore à épiloguer sur la popularité de son leader, surtout auprès de certaines couches populaires ou religieuses ? Pour nous, il existe un ensemble de facteurs explicatifs à même d’éclairer ce questionnement, dont les plus importants sont certains errements du pouvoir actuel et la psychologie très particulière des sénégalais.

 

 

Pour ce qui est du régime de Macky, force est de dire que l’attentisme, la lenteur de réalisation des projets et l’absence de perspective réelle aux yeux du peuple, est entrain de plomber assez significativement les espoirs que beaucoup avaient placé en lui. Certes, tout pouvoir peut éprouver à ses débuts des difficultés à asseoir profondément des dynamiques de développement pérennes. Mais faudra-t-il seulement que le peuple qui sera appelé à suivre et à entretenir ces dynamiques soit assez convaincu de la compétence de ses dirigeants, de leur probité éthique sans faille et de la valeur réellement opératoire, à terme, des politiques et stratégies mises en œuvre pour le sortir de l’ornière. Choses qui font actuellement cruellement défaut, du moins aux yeux de bon nombre de sénégalais, demeurés profondément dubitatifs. Surtout face à certains choix douteux du pouvoir actuel, malgré certains actes forts que celui-ci tente de poser, et devant l’étreinte croissante des difficultés socioéconomiques que la baisse du loyer et d’autres mesures sociales peinent encore à desserrer. Ces problèmes sont notablement amplifiés, surtout au niveau des couches les plus attachées aux valeurs religieuses et traditionnelles, par l’attitude du nouvel Etat, perçue (à tort ou à raison) comme « distante », « dédaigneuse », voire même « hostile à l’Islam », tout en étant à la solde de lobbies obscurs. Ces perceptions, renforcées par certaines postures ou maladresses des dirigeants actuels (polémique sur les « citoyens ordinaires », fermeture intempestives de daaras, affaire Dangote, interdiction des « thiant » etc.), ont, il faut le dire, créé ou accru la méfiance ou même un certain rejet d’une partie de ces couches envers le nouveau régime (dont une grande partie est issue, il convient de s’en rappeler, des rangs de la vielle gauche et du militantisme « anticlérical » de la lutte des classes).

 

 

Un autre facteur important qui explique, à notre sens, ce retour de bâton post-Alternance, consiste à certains réflexes et attitudes psychologiques assez caractéristiques des sénégalais. Parmi celles-ci, le sentiment bien connu de pitié et d’attendrissement indulgent des sénégalais envers toute personne victime d’injustice ou même sanctionnée pour une faute dont ils savent pourtant la réalité. Car, aussi paradoxal que cela puisse paraître à certains observateurs externes, la propension naturelle au pardon et à la compassion mènent très souvent les masses sénégalaises à défendre avec une vigueur insoupçonnée ceux qu’elles avaient honnis la veille avec une détermination non moins vigoureuse. Ceci, dès lors que ces derniers ont été mis hors d’état de nuire et humiliés. Ce phénomène (appelé ailleurs le « syndrôme de Stockholm »), qui nous pousse à prendre la défense de nos anciens bourreaux, est ainsi très souvent manipulé par nos hommes politiques (et même par d’autres prévenus de justice) pour orienter l’opinion publique sénégalaise dans le sens qu’ils veulent (un piège dans lequel tombent même assez souvent les religieux, censés pourtant être les gardiens d’une certaine éthique). Alors que la logique la plus élémentaire voudrait que, au-delà du sens du pardon fort loubale, de l’indulgence et de la quête de la paix et de la stabilité, d’autres valeurs, comme le sens de la justice et de l’équité sans concession, soient également garanties et défendues pour l’intérêt général.

 

 

Un autre reflexe bien « sénégalais » est la propension à soutenir systématiquement les « ennemis de nos ennemis ». C’est-à-dire tout adversaire déclaré d’un régime qui ne nous satisfait plus.  Comme l’ont souvent montré les récents choix « par défaut » du peuple sénégalais pour les candidats les mieux placés et les plus résolument opposés au pouvoir, à chaque fois qu’il lui a paru vital de se débarrasser d’un régime. Les erreurs et désillusions envers le régime actuel sont-elles ainsi entrain de se transformer, chez certains, en un sentiment de soutien et d’adhésion envers les adversaires du régime dont la figure la plus éminente demeure encore l’ancien président de la République.

La tendance à idéaliser le passé, lorsque le présent n’est pas conforme à nos vœux, au point de le regretter avec nostalgie et d’oublier les affres du passé, au profit de ses avantages supposés, est également une attitude bien « sénégalaise ». Ainsi, au lieu de se confronter lucidement aux réalités du présent, pour voir comment en résoudre les problèmes et mieux se projeter vers l’avenir, beaucoup d’entre nous préfèrent se cramponner à un impossible retour. Comme le prouve cette singulière nostalgie les incitant actuellement à soutenir un homme politiquement fini (et dont la seule véritable motivation du retour est de sauver son fils, mais nullement l’intérêt du pays ou des mourides). C’est une des raisons pour lesquelles, avec l’avènement du président Senghor à l’indépendance, des nostalgiques se mirent bientôt à s’interroger sur « la fin des indépendances » ! Lorsque Senghor fut remplacé par Diouf, il se passa très peu de temps pour que l’on se mit aussitôt à regretter « ayu Senghor ». Tout le monde se souvient aussi certainement, aux premières années du régime de Wade, la grande sympathie que suscitait désormais l’ancien président Diouf, après avoir déchainé, juste quelques temps auparavant, une furie démocratique jamais vue dans ce pays. En dépit de tous les ressentiments qu’inspire actuellement le Président Macky à certains, l’on peut imaginer que ces derniers seront probablement portés à le regretter le jour où il aura quitté le pouvoir… A l’opposé de cette posture, nous pensons que nous n’avons nullement besoin d’appréhender la critique des différents régimes en termes de « vases communicants ». La critique objective des erreurs et insuffisances du régime de Macky ne signifiant point pour nous une supériorité présumée et automatique de celui de Wade, comme beaucoup de nostalgiques veulent bien nous le faire croire. Nous avons plutôt besoin d’user d’un regard critique et objectif, sans aucun parti pris, sur le bilan de l’ensemble des régimes qui nous dirigent.

 

 

Un autre reflexe bien « sénégalais » qui pollue notre jugement est notre incapacité à réfléchir avec lucidité et à nous départir de tout sentimentalisme ou esprit partisan envers quelqu'un qui se réclame de nos convictions et de nos valeurs. Une prédisposition naturelle qui fait plus appel à l’émotion qu’à la raison dont les hommes politiques (surtout l’ancien président) usent avec une certaine habileté, en touchant notre fibre nationale, religieuse, ethnique etc. C’est, à notre sens, l’une des explications qui démontrent pourquoi certains mourides (quoique sincères et n’ayant tiré aucun intérêt matériel du régime de l’Alternance), vivent encore avec un certain « traumatisme » la chute du « président-talibé » Wade, qu’ils assimilent psychologiquement à une « défaite du Mouridisme » (tellement la propagande habile de ce dernier les a profondément marqués et a touché leur « fibre mouride »). Une motivation bien différente ce celle plus intéressée des thuriféraires et partisans clientélistes de l’ancien régime (même au sein des communautés religieuses). Acteurs dont le soutien envers l’ancien président et l’antipathie actuellement affichée envers son successeur ne se justifient que par rapport à la perte de prébendes et d’avantages divers qu’ils peinent encore à retrouver dans le nouveau régime, plus que par des raisons réellement objectifs et moraux.

 

N’est-il pas temps de renégocier le « contrat social sénégalais » sous de nouveaux termes qui seront plus avantageux à la fois à la religion et à l’Etat ?

 

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