Spécial Magal Touba : Cheikh Amar, patron de holding Amar : «Serigne Saliou, ma fortune et moi»

L’homme est un «Saliou made man», un milliardaire philanthrope qui n’a de repère que la ville sainte de Touba, terre de Bamba où repose son «sauveur d’ici et dans l’au de-là», comme il aime à le répéter. Preuve de son éternelle gratitude au fils de Bamba et cinquième Khalife général des mourides. Rencontré dans son bureau XXL, à Bel Air, sur la route des brasseries, en plein cœur de Dakar, le magnat sénégalais, qui trône sur des sociétés à milliards, a accepté de se conter en simple talibé mouride. En Baye Fall, sans épate, qui parle de son histoire avec son défunt marabout, Serigne Saliou Mbacké, avec des trémolos dans la voix. Une scène inédite, preuve de la toute puissante foi mouride qui fait battre son cœur. Et guide ses actes. Entretien exclusif avec le Dieuwrigne de Khelcom !

 

SA RENCONTRE AVEC BAMBA

«D’emblée, je tiens à préciser que contrairement à ce que pensent certains, je suis né au cœur du mouridisme. Je ne suis pas dans la géographie, mais dans la biologie. Je suis issu d’une famille de mourides authentiques, pour ne pas dire de mourides de la première heure. Mon aïeul, qui est de la lignée des Darmanko, est venu de La Mecque à la recherche d’une lumière, Cheikh Ahmadou Bamba. Lors de son fameux périple, on m’a raconté qu’il se nourrissait, avec sa suite, d’un seul mouton. Lorsqu’ils avaient fini de manger, ils tapaient sur les os et le mouton réapparaissait. Certains diront que c’est une fable, une légende. Mais ceux qui détiennent les secrets du Coran savent qu’il n’y a rien d’extraordinaire dans cela (…) Arrivé au Sénégal, mon aïeul, qui avait repéré la lumière dans cette zone géographique, a décidé de s’y installer. Il rencontrera Serigne Touba bien avant qu’il ne parte en exil au Gabon. Les deux hommes, m’a-t-on dit, entretenaient d’excellentes relations. Et au retour d’exil de Serigne Touba, son fils, mon arrière grand-père paternel, Mame Ndago Amar, est allé à la rencontre du Cheikh. Je ne sais pas où, mais d’après ce qu’on m’a raconté, il avait donné le nom de Serigne Touba à ses quatre fils et il voulait du Cheikh qu’il ajoute un surnom à chaque enfant, pour les différencier. C’est ainsi que l’aîné fut appelé Ahmed, le deuxième Ahmadou, le troisième Cheikh Ahmadou et le dernier Serigne Darou. Il y avait, lors de la rencontre, Mame Cheikh Anta. Le frère du marabout, qui résidait à Darou Salam, demanda au Cheikh de lui confier la garde des enfants. Ainsi, Ahmed et Ahmadou qui étaient déjà grands, sont allés à Darou Salam avec Mame Cheikh Anta. Le benjamin Serigne Darou est rentré avec mon arrière grand-père et Cheikh Ahmadou, qui est par ailleurs, mon grand-père paternel et homonyme, est resté avec Serigne Touba. Il fut initié au Coran par le Cheikh et resta avec lui jusqu’à sa majorité. Il fut ensuite envoyé auprès de Mame Cheikh Anta à Darou Salam pour qu’on l’initie aux techniques de réparation du matériel agricole. C’est pourquoi, quand le vénéré Serigne Saliou a voulu moderniser son agriculture à Khelcom, il a fait appel à moi pour lui chercher des tracteurs. Je reviendrai sur ça, juste pour vous dire que le choix porté par Serigne Saliou sur ma personne, n’était pas gratuit.

 

 

ACTE D’ALLEGEANCE A SERIGNE SALIOU

C’est à l’âge de 7 ans, et non 8 ans, comme le disent certains, que j’ai fait allégeance à Serigne Saliou. A l’époque, ma tante paternelle, Mame Bousso, qui était une fervente disciple de Serigne Saliou, m’a emmené, avec elle, voir le marabout. Je voulais tellement y aller, parce que j’étais déjà un inconditionnel de Serigne Saliou, sans l’avoir jamais vu. Le marabout était à Touba où ma tante, des cousins et moi l’avions trouvé. A l’époque, il n’était pas encore Khalife des mourides et sa maison était vide. Il y avait peu d’affluence chez lui. A notre arrivée, il a installé chacun à une place, à même le sol, mais à moi, il m’a demandé de prendre une natte, qui était à côté, et de m’y installer avec ma tante. C’était une manière de me faire honneur, mais c’est bien plus tard que j’ai compris le geste du marabout. Car, avec Serigne Saliou, j’ai eu tous les honneurs. Il a tout fait pour moi. Il a été maître de mon destin sur terre et le sera aussi dans l’au-delà. Plus tard, des amis et moi voulions voyager, partir en France. Nous sommes allés le voir à Touba pour qu’il prie pour la réussite de notre entreprise. Nous étions un peu nombreux, mais nous nous sommes retrouvés, quelques mois après, tous à Paris. C’était dans les années 1988 (…) Le marabout m’entretenait beaucoup sur mon avenir. A cette époque, j’ai fait un rêve prémonitoire. Serigne Saliou et moi étions dans une voiture en direction d’un champ. Sur place, il s’est mis à semer et m’a donné un arrosoir pour que j’arrose derrière lui. Il avait fait à Sokhna Walo (sa fille aînée) des révélations sur moi. Il lui avait dit que je serai encore plus connu que deux milliardaires de l’époque. Des gens ont beaucoup fait et beaucoup dit pour me mettre à mal avec Serigne Saliou. Il ne leur a jamais accordé le moindre crédit. Lorsque je m’annonçais à Touba, il pouvait appeler jusqu’à 10 fois, par le biais de ses chambellans, pour connaître ma position. Il m’envoyait souvent lui acheter du matériel agricole et lorsque je lui emmenais les engins, il me disait : «Ce que je t’ai donné ne pouvait pas payer tout ce matériel. Mais Serigne Touba te le rendra.» Des gens ont été jusqu’à lui dire qu’il me donnait trop d’argent et que je finirais par m’enfuir avec. Lui répondait : «S’il s’enfuit, je le ferais retrouver pour lui en donner encore et plus.» Ce que les gens ne savent pas, c’est Serigne Saliou qui m’a fait revenir au Sénégal. Je travaillais en France et gagnais beaucoup d’argent. J’avais une société de transport dans la capitale française qui s’appelait «Darou Salam Transport». Nous étions dans le transport de marchandises par voie maritime. Je convoyais des conteneurs et des véhicules au Sénégal et ça me rapportait beaucoup d’argent. Des gens parlent de ma fortune, mais ne savent rien de moi. Ils ne font que spéculer.»

 

LES MILLIARDS OFFERTS A TOUBA.

«Ecoutez, il faut que ça soit clair. Je n’ai rien donné à Touba, je ne fais que rendre la grâce que Serigne Touba m’a faite, via le vénéré Serigne Saliou, mon sauveur d’ici et dans l’au-delà. J’ai entendu les gens polémiquer sur les travaux de rénovation de la grande mosquée de Darou Salam. Ils parlent de milliards, mais ils ne savent pas que toute somme, aussi colossale qu’elle puisse être, est dérisoire face à ma foi en Serigne Touba. Je ne devais même pas en parler, mais je vais vous en entretenir pour témoigner ma gratitude éternelle à Serigne Cheikh Maty Lèye, actuel Khalife général des mourides. A la fin des travaux de rénovation de la mosquée de Darou Salam, je suis allé le voir et je n’ai jamais vécu un moment aussi solennel dans ma vie. Le Khalife m’a reçu comme son fils. Il m’a entretenu de nos liens de parenté. Mon grand-père avait le même homonyme que lui. Il m’a fait beaucoup de confidences. Il m’a parlé d’une conversation entre lui et Serigne Saliou, alors que j’étais encore en France. Le vénéré lui avait demandé, en somme, de prier pour moi. Ça m’a beaucoup touché (…) Je suis retourné voir Serigne Cheikh Sidy Mokhtar, quand on a lancé les travaux de «Massalikoul Djinaane». Je l’ai rencontré, cette nuit, pour lui demander l’opportunité de construire, seul, la mosquée. Mais, il n’a pu m’accorder cette faveur, parce que la construction était déjà lancée. Ce n’est point pour me vanter de quoi que ce soit, mais en tant que mouride, c’était la pire soirée de ma vie. J’avais très à cœur de construire cette mosquée. J’en avais les moyens, grâce à Serigne Touba et je voulais lui rendre cette grâce. Mais le marabout m’a fait un honneur qui a réparé tout cela. Il a fait de moi le seul homme à qui on a donné les clés de la grande mosquée de Touba, pour y apporter les rénovations que je veux. Quel honneur (il ne tient plus sur place) ! Quel honneur ! Je suis allé directement à Médine, à la mosquée du Prophète Mohammed (Psl), pour essayer de faire la même chose à Touba. Ce qui fait qu’aujourd’hui, Touba a la même sono et les mêmes climatiseurs que la mosquée de Médine. Je remercie infiniment Serigne Cheikh Sidy Mokhtar qui m’a permis de faire tout cela pour Serigne Touba.»

 

DERNIERS MOMENTS AVEC SERIGNE SALIOU

«Sur ce point, permettez-moi de rendre grâce à mon marabout, Serigne Cheikh Saliou Mbacké. Car, à la disparition de Serigne Saliou, je ne savais plus où aller. Parce que je n’avais que lui. C’était ma boussole. Quand j’allais à Touba, je me rendais directement chez lui. Je ne le quittais que pour renter à Dakar. Parfois, il me disait d’aller manger chez Galass Kaltoum, fils de Serigne Bara. Mon souhait pour Touba est immense, je prie d’avoir une longue vie pour réaliser mes desseins envers Serigne Touba. C’est en lui que je crois et Serigne Saliou est la porte qui m’a mené vers lui. Je me rappelle la dernière fois que je l’ai vu, c’était à 10 jours de sa disparition. Je suis arrivé chez lui à 17 heures, il était en retraite spirituelle et n’avait voulu ouvrir à personne. Lorsqu’on m’a annoncé, il s’est levé et s’est enfermé avec moi. Il s’est mis à réciter le Coran. A la fin, il m’a appelé par trois fois, avant de me dire : «Laakh nga sama ngueureum (qu’il était fier de moi)».

Avec Serigne Saliou, j’ai vécu des moments singuliers, des choses que je ne peux raconter, parce que ça dépasse l’entendement. Mais, à titre d’exemple très basique, je vais vous conter l’histoire de ma maison qui se trouve sur la route de Khelcom. A l’époque, l’endroit était une vaste forêt et Serigne Saliou a fait venir quelqu’un pour m’y conduire. Au début, je croyais qu’on allait en ville et j’ai été étonné qu’on me conduise dans une brousse, sans eau ni électricité. Je croyais que ses émissaires s’étaient trompés. Je n’osais pas penser que Serigne Saliou s’était trompé (rires). Et quand je suis retourné le voir, il a dissipé mes craintes et m’a assuré que je saurai plus tard pourquoi il a choisi cet endroit pour moi. Aujourd’hui, ma maison est la première à la porte de Touba sur la route de Khelcom et j’ai été désigné par Serigne Cheikh Saliou comme Dieuwrigne de Khelcom. Serigne Saliou était un visionnaire et sa disparition m’a beaucoup perturbé.»

 

L’appel de Serigne Saliou et l’histoire du médicament Fansidar

«J’étais en France lorsque Cheikh Anta m’a appelé pour me dire que Serigne Saliou voulait me parler. J’étais sur l’autoroute et j’étais tellement content que j’ai eu un petit moment d’inattention. J’ai eu un petit accident. Ma voiture a fini dans les glissières. Mais il n’y avait rien de cassé. Le marabout avait besoin de tracteurs et savait exactement ce qu’il voulait. C’était la première fois que j’entendais la marque Massey Ferguson. Je suis rentré au Sénégal pour lui montrer les photos des tracteurs. Mais, en cours de route, on m’a appelé pour me dire que le marabout était un peu souffrant et qu’il lui fallait du «Fansidar (médicament pour traiter les accès palustres non compliqués)». Le médicament était en rupture de stock. On ne le trouvait nulle part. Mais, j’étais déterminé à lui en trouver, quitte à repartir en France. Ce qui nous a pris plusieurs heures de recherches. Finalement, c’est vers 2 heures du matin qu’on a pu avoir ce médicament dans une officine. Arrivé à Mbacké, j’ai laissé ma voiture pour monter dans le 4×4 de Cheikh Anta et rejoindre Khelcom. Lorsqu’on est arrivé, le marabout était pris de tremblements. Il était entouré d’enfants qui lui faisaient la lecture du Coran. C’était vers 4 heures du matin. Lorsqu’il a vu le médicament, il s’est levé et m’a dit : «C’est ça que je veux.» J’étais tellement heureux et soulagé d’avoir pu apporter au marabout le «Fansidar».

Le chèque de Cheikh Ahmadou Bamba et la fuite de Cheikh Amar

«Une autre fois, le marabout m’a appelé pour me demander de lui apporter 220 tracteurs. Quand je suis arrivé, il m’a demandé le prix et après le lui avoir communiqué, il a voulu me payer sur le champ avec un chèque signé Cheikh Ahmadou Bamba. J’étais pris de peur. Je lui ai dit : «Jamais je n’encaisserai un chèque signé Cheikh Ahmadou Bamba Khadim Rassoul.» Il a ri et m’a expliqué que les comptes de Khelcom étaient à ce nom. Il a insisté, mais j’ai refusé de prendre le chèque. Puis, je lui ai demandé de sortir un moment. Mais, au fait, c’était pour m’enfuir de Khelcom et rentrer à Dakar. Mais le marabout a mandaté un de ses chambellans. Il avait la mission de m’apporter l’argent en liquide à Dakar. Quand il m’a appelé pour me dire qu’il était à Dakar, je lui ai dit que je ne le recevrai pas. Mais, il m’a dit qu’il ne rentrera jamais à Khelcom, sans m’avoir remis l’argent. A charge pour moi, d’en faire ce que je voulais. De le jeter dans la rue, si je voulais ou de le donner en aumône. C’est finalement, un de mes oncles qui a réceptionné l’argent.»

PAR PAPE SAMBARE NDOUR

Source : Gfm.sn

 

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