TOUBA selon Matlaboul Fawzeyni par le professeur Lat Soucabé Sow

Matlaboul Fawzeïni est un texte écrit par le guide des mourides peu après la découverte du site de la future cité sainte de Touba. Il comprend une introduction et 231 versets dont les quatre derniers forment la conclusion.
Sur le sens de cette prière placée sou le patronage de Celui dont l’auteur «…se consacre exclusivement à vivifier (la) Sunna (PSL) », des interprétations plurielles sont possibles en raison de l’étendue de l’espace de sens créé par l’ésotérisme de la pensée d’un soufi et des limites du regard profane pour distinguer l’endroit et l’envers du discours dont la puissance des appels votifs et la profondeur des visions ont pour seul pendant la fusion en un seul destin de la matérialité terrestre et de l’essence céleste de Touba. Avec Matlaboul Fawzeïni la difficulté de l’exercice interprétatif consiste à reconnaître dans l’objet auquel il renvoie le virtuel à travers le réel et vice-versa.
Inscrivant sa démarche dans le droit fil de la Sunna, la voie conduisant « aux bienfaits et à la victoire » (préambule), Cheikh Ahmadou Bamba commence son ode en rappelant l’origine de Touba dans le verset 29 de la sourate 1 » du Tonnerre. L’introduction renvoie aussi le lecteur aux versets 35 à 40 de la sourate 14 qui font écho avec la prière élevée vers l’Eternel par Abraham afin que les siens installés par ses soins non loin de la Kaaba ne soient jamais tentés par l’idolâtrie, et que cette demeure reste un lieu de prière et d’abondance. Le but visé par le Cheikh dans ces rappels est sans doute de souligner la filiation de l’acte de fondation de Touba avec la tradition mystique telle qu’elle figure dans le Coran sa source première.
Il serait long de commenter dans le détail les 231 versets du Matlaboul Fawzeïni. Pour une telle exégèse, il faudrait l’espace d’un mémoire ou d’une thèse. Par contre pour faire découvrir le sens prémonitoire des idées abordées par ce texte écrit en guise de « louange au Seigneur », l’accent peut être mis sur des versets y occupant une fonction vertébrale. Parmi ceux-ci, il convient de citer les 203e et 204 e qui disent :
« Seigneur, pardonne à tous les bâtisseurs de cette gigantesque demeure (…)
Pardonne à tous ceux qui contribuent à l’édification de cette gigantesque demeure élevée grâce à tes bienfaits ».
Outre la rémission de leurs fautes sollicitée pour tous ceux ayant pris part à la réalisation de la future cité, l’essentiel réside dans l’annonce faite de l’avenir de Touba appelée à devenir une grande ville. La répétition délibérée de l’expression « gigantesque demeure » n’est pas seulement une clause de style choisie pour les besoins de la rime dans la version en arabe.
A partir de cette affirmation sont précisées les fonctions ainsi que les dérives possibles dans l’avenir que Cheikh Ahmadou Bamba s’emploie à conjurer par la force de la prière. On peut aussi interpréter celle-ci aussi comme une recommandation adressée à sa postérité pour que « …Touba ait à jamais une situation conforme à sa prestance » (verset 57).
La première fonction assignée à Touba par le Cheikh est de devenir un haut lieu de spiritualité :
« Fais que cette demeure soit un lieu de piété, de science et de religion.
Qu’elle soit une source d’élévation
Fais que cette demeure soit un Paradis (…) (versets 193, 194).
Cette fonction sacrée fait de la ville un repère vers lequel vont se tourner maintes personnes en quête de perfectionnement ou de rédemption. La mention en est faite dans les versets suivants :
« Protège quiconque m’aura consacré un effort dans cette demeure ou y aura effectué une visite et pardonne lui ses péchés » (verset 59)
« Fais que cette demeure soit un lieu de pèlerinage pour les indigents ici et dans l’au-delà, qu’elle soit un argument décisif pour le contrevenant dans l’au-delà » (verset 196)
De cette prière sont exclus les gens mal intentionnés. Cheikh Ahmadou Bamba souhaite que Touba soit préservée :
« Contre les vices de tout malfaiteur (…)
Contre les sévices du malfaiteur
Contre le mal de tout assaillant » (verset 151).
L’exhortation est réitérée pour que :
« (Touba) soit une protection contre tout agresseur, tout criminel » (verset 195)
« (Le Seigneur) protège cette demeure du vagabondage, de la délinquance et de toute promiscuité » (verset 223).
Matlaboul Fawzeïni insiste sur la place éminente que doit occuper l’éducation dans la vie de Touba :
« Fais que cette demeure soit un réceptacle d’enseignements, un lieu de méditation et d’entendement » (verset 218)
« Fais qu’il soit un établissement d’éducation et un magistère d’enseignement » (verset 219).
Pressentant la force de l’agglomération qui va se former à Touba, Cheikh Ahmadou Bamba sollicite auprès du Créateur les ressources permettant à la population appelée à y habiter d’accéder au bien être :
« Eloigne de cette demeure toute épidémie, toute catastrophe
Que son eau soit buvable et son alimentation saine ; » (verset 224)
« Réunis en cette demeure tous les biens d’où qu’ils viennent (de l’est, de l’ouest, du nord, du sud, du ciel, de la terre » (verset 226).
L’ode s’achève sur une note d’humilité face au Créateur et l’expression d’un humanisme éclairé par l’intime conviction de la commune destinée de la lignée d’Abraham :
« Seigneur ô Toi le Surveillant, le Détenteur du Pouvoir, Déterminant de la création par ta Domination, mon intégrité corporelle, ma religion, mes fidèles, mes fils et ma demeure te sont confiés, et, ce à jamais ainsi que pour toute la durée de notre séjour sur terre et au-delà. Protège-nous de tout mal.
Protège-tous mes frères de sang ou de religion et tous ceux qui me sont étrangers. » (versets 228, 229, 230, 231).
La prière adressée par Cheikh Ahmadou Bamba à Dieu peut aussi être compris comme un ensemble de recommandations à l’endroit de ses héritiers et de ses disciples. Dans l’ensemble ces destinataires s’y sont conformés non sans réussite ainsi qu’en attestent les nombreuses réalisations dans la cité sainte, obtenues pour l’essentiel sur auto-financement par la communauté mouride. Bien entendu tout dans la ville sainte ne fonctionne pas dans une perfection absolue. Tout ce qui s’y passe n’est sans doute pas le reflet textuel de l’idéal couché dans l’essence céleste de la cité religieuse. Mais le dessein de son fondateur s’est accompli au regard des aménagements opérés ou en chantier et de l’état d’esprit général de la population.

 

Lat Soucabé Mbow

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