L’éducation et le « le nouvel intellectualisme » africain

Ce que nous désignons par « nouvel intellectualisme » n’a pourtant rien de stimulant sur le plan des idées et de la réflexion sur notre société politique. L’expression fait plutôt référence de la mutation organique des agents de l’aliénation culturelle. Le qualificatif ''nouveau'' renseigne tout au plus sur sa jeunesse, la veille école faisant désormais profil bas face au regimbement de la génération de l’enracinement et de la souveraineté totale.

   

Profilage psychologique

Dans le nouveau intellectualisme africain être ouvert d’esprit, démocrate ou je ne sais quoi encore, c’est être prêt à tout accepter des autres au mépris de sa propre identité, de sa propre culture et de ses croyances religieuses. En fait, il propose une forme d’auto-aliénation, une civilisation du recevoir sans rien donner. Il prétend lutter contre une certaine forme de dictature religieuse, et ce sous le silence coupable disent-ils de l’Etat et des pères fondateurs de leur idées néocolonialistes. Or c’est bien la dictature qu’il propose, c’est-à-dire une société sénégalaise homogène et alignée sur les standards occidentaux. Voilà ce que veut ce "nouvel intellectualisme" sans apport. Il ne propose rien au reste monde, mais est prêt à tout accepter tant que cela  sonne blanche.  Pour ces membres l’image que les autres ont du Sénégal et des sénégalais comptent plus que ce que les sénégalais ont d’eux-mêmes et veulent projeter sur le reste du monde.

L’exaltation du ‘‘de hors’’, la mystification intellectuelle de l’altérité occidentale, en dépit de sa manifeste décadence axiologique, ne sont que les minuscules symptômes qui se révèlent en ces nouvelles victimes de la bien-pensance. On ne les voit jamais défendre l’Afrique et les africains. Leur logique est toute autre : faire croire au sénégalais en particulier et l’africain en général qu’il est seul responsable de son malheur à cause de l’insuffisance de son intelligence, de son manque d’ouverture, de ses mœurs rétrogrades, de ses dogmes envahissants, de sa démographie galopante…

            Le refus de l’autonomie intellectuelle

Dans ce ‘‘nouvel intellectualisme’’ sans apport  même les outils argumentatifs de son discours ne lui sont pas propres. Cheikh Anta Diop ne disait-il pas que le colonisé ou l’ex-colonisé ressemble à cet esclave du 19e siècle qui libéré va jusqu’au bas de la porte et puis revient à la maison de son maitre. C’est dire que le reflexe de subordination et l’habitude ou la culture de penser à travers ses maîtres  penser sont les chaines invisibles qui enchainent pourtant ces jeunes esprits. Ainsi il a fallu attendre le communiqué de la secte du « grand orient »  de France pour que les membres de ce «club » sortent de leur silence avec les qualificatifs que le « grand orient » a eu le « courage » de leur filer. Le Collectif contre la franc-maçonnerie et l’homosexualité est très vite devenu le groupe des « obscurantistes, des censeurs, des extrémistes ou encore des haineux ».

La honte qu’ils disent ressentir après que nous autres forces « obscurantistes » avons eu la désinvolture de déclarer Rihanna persona non grata au Sénégal n’est que le reflet de leur vision unidirectionnelle du monde. Et pourtant nous n’avons aucune leçon à recevoir…Est-ce qu’en construisant une barrière métallique et en gazant quotidiennement les migrants africains à Calais la France se soucie du qu’en- dira-t-on ? Est-ce que la justice Américaine en laissant les prédateurs sexuels d’Hollywood en liberté se soucie de son image au Sénégal ou au Burundi? Est-ce qu’en empêchant à une franco-syrienne voilée de continuer sa participation dans l’émission ‘‘the Voice’’ juste parce qu’elle chante la Palestine la France s’est sentie petite ?

Le goût de l’accessoire

Cette nouvelle forme d’intégrisme intellectuel on l’a vu poindre lors du référendum et plus précisément sur la question de la laïcité, sur la question du CFA et récemment sur la question de la franc-maçonnerie et de l’homosexualité. Jamais les questions de souveraineté et d’identité ne les interpellent. Dans leur perspective,  la première est dépassée alors que la seconde doit être diluée.  Ce faisant, c’est dans l’accessoire qu’ils se plaisent de susurrer avec un vocabulaire virulent et méprisant.   

L'argument suivant lequel les ''Rihanna'' du Sénégal devraient être la principale préoccupation du Collectif est à la fois fallacieux et ridicule. Abstraction faite des différentes actions en justice contre les ‘‘Rihanna sénégalaises’’ par les mêmes membres de ce Collectif, le « nouvel intellectualisme » serait-il quant à lui prêt à faire de "nos Rihanna‘’ des ambassadrices de l’éducation sénégalaise ? J’attends leur réponse ! Mais le miracle de l’aliénation culturelle fait qu’avec l’étiquette "ambassadrice mondiale" la Rihanna américaine peut légitimement porter le message de l’éducation au Sénégal. Comment peut-on être ambassadrice d’une cause qu’on n’incarne pas? Pourquoi elle est ambassadrice de l’éducation en Afrique et non en Europe ? Est-elle juste la soupape d’un agenda sur l’éducation en Afrique dont nous ignorons totalement le contenu et les objectifs réels ? D’ailleurs le Sénégal vient de signer avec la France un accord sur l’éducation non pas des français mais des sénégalais. Qu’est-ce qu’il y’a dans cet accord ? Voilà des interrogations qui n’intéressent pas apparemment nos fameux intellectuels.  

Après le désastre de l’ajustement structurel de l’éducation en Afrique, l’échec lamentable des objectifs du millénaire pour le développement, nous voilà encore embarqués dans un autre agenda, un autre partenariat, un autre programme toujours concocté depuis Paris ou Washington et dont on a aucune prise. L’attirail du financement aidant, il n’a pas été difficile d’emballer une certaine partie de l’opinion.

La stratégie du différé

Le travail de ce « nouveau intellectualisme » n’est pas à négliger. Leurs travaux, leurs récents articles, comme ceux à venir s’inscrivent dans la logique de démoraliser et de diaboliser les forces de l’enracinement, une bonne manière de prendre les devants la prochaine fois. En invitant le ‘‘peuple tolérant’’ à s’indigner non seulement il cherche à le manipuler mais prépare sérieusement le terrain pour les entrepreneurs de l’aliénation. Dès lors, ils sont plus dans la communication de conquête que dans la défense d’une quelconque liberté. 

Retour à la connaissance de soi

Tout rejet de soi n’est en effet que le reflet d’une méconnaissance de soi.  C’est pourquoi dans la définition qu’il donne à la notion d‘‘intellectuel‘’ l’Imam Serigne Ahmadou Rafahi Mbacké retient principalement le critère de la connaissance de soi même. Une manière de dire que pour accéder à la dignité de penseur de son époque il faut d’abord se connaitre soi-même. N’est-ce pas ‘‘Kham sa bop mo gueun niou wakh la ko’’ ? 

L’impératif de la connaissance de soi n’est pas et ne sera jamais l’objet d’un quelconque programme international. La raison est simple : dans la représentation des fléaux mondiaux les ONG, les Nations Unies ainsi que les gouvernements occidentaux font tout pour les situer géographiquement sur le continent de façon à programmer mentalement sa jeunesse à la culpabilisation et au besoin d’assistance permanents. Dans ce jeu organisé de la damnation le  "nouvel intellectualisme"  africain et nos gouvernants sont les instruments humains et la passerelles institutionnelles de couverture et de socialisation. En cela ils concrétisent la pensée de Cheikh Ahmad Tidiane Sy Al Macktum (Qu’Allah l’agrée) selon qui le projet de tout envahisseur ne peut progresser qu’avec la collaboration et la complaisance des autochtones.

En tous les cas, dans l’histoire, toutes les sociétés politiques bâties par le matérialisme et pour le matérialisme après avoir atteint leur apogée et dépossédé l’homme de son lien divin ont toutes sans exception péries. Le Coran nous en donne beaucoup d’exemples. C’est donc d’un symbolisme édifiant, dans un contexte d’attraction de la jeunesse par des projets éducatifs de tous ordres, que l’appel du Khalif des Mourides Serigne Mountakha Mbacké (Qu’Allah lui accorde longue vie) donne l’opportunité de rappeler la nécessité de la surdétermination du projet spirituel dans l'éducation de notre jeunesse. 

 Abdou Karim Salam

Enseignant-Chercheur

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