Archive Mouride : Réponse a Lartéguy par Serigne Abdou Fattah Mbacke Gaïnde Fatma

Ces intéressants passages sont extraits d’une contribution de feu S. Abdoul Fattah Mbacké Gaindé Fatma . Parue dans le quotidien Le Soleil des 20 et 21 Décembre 1980, Serigne Fattah y critique un article jugé subversif du célèbre écrivain et journaliste Jean Lartéguy, publié dans Paris Match. Article assimilant les confréries sénégalaises à des sectes musulmanes dont la prochaine et probable confrontation risquait de mener le Sénégal vers une « libanisation » meurtrière, fruit des rivalités entre milices religieuses .

En rejetant les choquants raccourcis intellectuels et l’ignorance envers les véritables dynamiques de l’ « Islam sénégalais », sur lesquels l’essentiel des analyses de Lartéguy s’est fondé, S. Abdou Fattah lui rappelle l’unité primordiale et les valeurs communes qui fondaient la nation sénégalaise. Avant d’évoquer le rôle capital joué par les grandes figures religieuses du pays dans l’ancrage d’une identité nationale forte et du goût pour l’autodétermination. Un rappel plus que d’actualité au moment où les démons de la division et du dénigrement de notre patrimoine commun menacent plus que jamais notre nation…

Réponse à Lartéguy

« (…) Le Sénégal ne sera ni « libanisé » ni « tchadisé ». Les éventuelles rivalités confrériques que [Lartéguy] souhaite de toute son âme n’y verront jamais le jour. Car ce qu’il ignore, c’est que le « Khadirisme », le « Tidjanisme » et le « Mouridisme » ne sont pas des sectes religieuses mais des confréries. Leurs adeptes tournent leurs espérances vers le même Dieu, vénèrent le même Prophète Muhammad, observent les mêmes prescriptions. Rien ne les différencie. Les uns et les autres collaborent au triomphe de la même foi. Si donc il mise sur une querelle entre confréries au Sénégal, il se trompe.

Les sénégalais sont d’une tolérance naturelle qui correspond parfaitement à leur tempérament, à leur sens de la mesure et à leur goût de l’harmonie. Aucun point doctrinal ne les sépare. Tous se conforment à la rigoureuse orthodoxie du rite malikite et participent pareillement au maintien et au renforcement de l’unité et de la foi religieuses dans lesquelles s’inscrit la somme de leurs jours. L’entreprise subversive [de Lartéguy] qui se proposait d’en saper les fondements s’est heurtée et se heurtera toujours à leur profond attachement à l’Islam et à leur patrie.

Il n’y pourra jamais rien.

Évidemment, il a des raisons de détester l’Islam et les musulmans et, singulièrement, les Mourides.

En effet, au moment où la France croyait l’avoir emporté par un total triomphe au Sénégal et s’attachait à faire des Sénégalais des Français noirs, Cheikh Ahmadou Bamba et les autres chefs religieux parvinrent, par la sagesse de leurs enseignements et la grandeur de leur comportement, à empêcher la réalisation de ce projet.

Sous leur instigation, l’Islam devint spontanément un mouvement religieux doublé d’une opposition nationale. Grâce à ce combat des chefs religieux, les fondements humains de la domination française furent superficiels. Malgré la tyrannie des administrateurs coloniaux, les Cheikhs, appuyés sur les valeurs de l’Islam, maintinrent leurs adeptes dans une tension permanente, constamment orientée vers la reconquête de l’indépendance nationale.

C’est grâce à ces hommes de sagesse que nous sommes parvenus à sauver notre âme et notre personnalité, après plus de quatre-vingt ans de capricieuses brutalités [de la colonisation]. »

 

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