Après un exil en Afrique central, Cheikh Ahmadou Bamba faisait son grand retour au pays, parmi les siens, emmenant avec lui des distinctions et privilèges que Dieu n'avait jamais accordé à une créature. Suite à son arrivée à la capitale sénégalaise de l'époque, Saint-Louis, Khadimou Rassoul pris la direction du sud pour regagner son fief dans le Baol. Il fit son premier escale à Ndame Sanôssi, lieu de résidence de l'un de ses grands disciples: Serigne Siré Lô. Sa venue à Sanôssi coïncidait avec le cinquième jour du mois de ramadan et le Cheikh avait initialement prévu d'y passer trois jours avant de continuer son chemin. Cependant, par le biais de l'ange Gabriel, Dieu lui dit de rester sur ces terres bénites de Ndame, sur lesquelles le Coran est vivifié comme nul part ailleurs, jusqu'à la fin du jeûne.

Le Cheikh appela Serigne Siré Lô et lui fit part de la bonne nouvelle. La joie et la reconnaissance de ce dernier fut si grande qu'il ne cessa d'exprimer sa gratitude à Serigne Touba. Par la baraka du Cheikh, Serigne Siré Lô parvint à assurer un festin royal à tous les hôtes durant l'intégralité du séjour, à l'heure de la rupture du jeûne.

Ainsi chaque jour, le menu était composé de chameaux, de bœufs, de moutons et de chèvres. Durant le séjour, l'ensemble des peuples de Ndame se sont retrouvé chez Serigne Siré à Sanôssi, comme ce fut le cas d'ailleurs avec d'autres grands disciples du Cheikh. La liesse et l'allégresse qui animait le quotidien de ces peuples, en cette période était inexplicable, Serigne Moussa Ka le dit par ailleurs dans ses écrits.

A la nuit de la destinée (leylatoul Qadr) Serigne Touba rassembla l'ensemble de mes aïeuls de Ndame et leur dit: "Rendez grâce à Dieu le Tout-Puissant car Il m'a fait savoir que vous (qui portez le nom "LÔ") et vos disciples n'aurait jamais à supporter les supplices de la tombe causés par les deux anges Mounkir et Nakir." Khadim Rassoul confirma ses propos le jour de la korité en leur disant: "Ô peuples des Ndames soyez heureux car les flammes de l'enfer ne vous verront jamais". D'ailleurs Serigne Moussa Ka en a fait un long récit dans lequel il atteste que leur fête de korité était plus agréable que le paradis...

Par Serigne Khadim Gaydel Lô

À tout instant, Cheikhoul Khadim s'est distingué par son dévouement perpétuel à l'enseignement de la science utile (celle qui inspire au savant la crainte de Dieu, le Créateur des serviteurs) qui se manifeste d'ailleurs par l’ouverture d’innombrables Daaras et surtout l’écriture de milliers de livres. Même lors de l’exil, il ne cessa de réitérer cet appel à l’éducation. Dans une lettre adressée à partir du Gabon à son frère Cheikh Ibra Faty, il insiste : « J’ai ordonné à tous ceux qui me suivent pour l’amour d’Allah le Très Haut le Généreux d’apprendre les principes de base, le tawhid, les lois de la pureté, la prière, le jeûne et autres obligations qui incombent à ceux qui en sont capables… ».

Même après les deux exils qui correspondent à un état de réalisation spirituelle totale, il continua tout de même à exercer ses premiers amours d’éducateur. C’est ainsi que dans un rapport d’espionnage concernant ses agissements, un administrateur colonial écrit objectivement : “ Le cheikh partage son temps entre la lecture, l’enseignement qu’il donne le plus souvent en plein air, se servant du sol sablonneux comme d’un tableau sur lequel il trace avec son doigt de petits schémas destinés à appuyer des démonstrations et à aider la mémoire de ses auditeurs ». (Lesselves, correspondance du 22 Octobre 1915.) En définitive Cheikhoul Khadim, le savant noir s’est montré inégalable dans le domaine de la connaissance. Au demeurant s’il peut en être ainsi c’est que sa science orthodoxe est des plus pures, comme il le garantit lui-même dans Jazaoul Chakour (page 45): « il m’est parvenu du Savant, une science authentique et je ne rencontre point un facteur d’affliction à ce sujet».

Il est tant que nous musulmans d’abord, africains noirs ensuite saisissons la portée de l’œuvre de Cheikh Ahmadou Bamba et la plus belle des manières dont il nous a rendus fiers. De tout temps, dans l’odyssée des peuples, des personnes ont toujours été prédestinées à écrire les plus belles pages de I’ histoire. Ces individus s’immortalisent du fait de leur héroïsme ou courage, de la pertinence de leurs doctrines et préceptes ou de leurs hauts faits (...): bref du fait de leur contribution à l’épanouissement de la condition humaine. Au demeurant, il arrive que leurs actions soient si hautement méritoires que leur personnage dépasse la mesure du temps et de l‘espace pour servir dans le domaine de l’universel. C’est assurément le cas de ce Saint homme de Touba nommé Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké !

Il aura bien marqué I’ histoire du Sénégal des époques Mouhamadou Mbackiyou ! Toutefois, de par ses actions multiformes, il apporta une contribution hautement positive au rendez-vous du donner et du recevoir, se projetant ainsi au-delà de l’espace typiquement sahélien. Dés lors cette cette personne mérite plus d’être célébrée par les peuples noirs et spécialement le Sénégal.

 

Par Serigne Khadim Gaydel Lô

Les questions pertinentes que nous a récemment posées cet étudiant gabonais  nous ont profondément interpellé. Après avoir parcouru et écouté attentivement les commentaires sur la cinquantaine de tableaux de l'exposition internationale sur les enseignements pacifiques de Cheikh A. Bamba (organisée à l'Université Omar Bongo Odimba de Libreville), cet étudiant de la faculté d'histoire nous aborda pour nous poser une série de questions qui semblaient le tarauder.

En tant que non musulman ayant jusqu'ici une image très négative de l'Islam, faite de violence, d'intolérance et d'autres clichés, l'approche spirituelle, profondément pacifique et humaniste reflétée par l'exposition semblaient le désarçonner et avoir créé chez lui une certaine perplexité qu'il ne parvenait apparemment pas à résoudre. Quoique le niveau de ses préoccupations et leurs formulations laissaient apparemment entrevoir un niveau intellectuel assez appréciable...

« Êtes-vous certains que ce Cheik Bamba pratiquait le même islam que celui que nous connaissons ? Son islam est-il vraiment le même que celui né en Arabie, celui dont se réclament les arabes et d'autres musulmans ? Est-ce vraiment la même religion que l'on nous présente quotidiennement dans les médias ? »

A ces questions, que suivirent bien d'autres, à la fois étonnamment naïves et incisives, nous essayâmes patiemment de répondre. En lui explicitant les fondements doctrinaux de la démarche du Serviteur du Prophète, enracinés dans le Coran et la Sunna la plus pure, dans les principes du Soufisme et son vécu personnel marqué par des rapports privilégiés avec Dieu et Son Prophète (PSL). Arguments analytiques à l'appui, nous tentâmes également de lui démontrer que cette profonde spiritualité, ce sens du dépassement, du pardon, de la Miséricorde envers les créatures prônées par le Cheikh, se trouvaient en réalité au cœur même du message de l'Islam. Qu'ils en constituaient la substance moelle. Et que c'était plutôt l'ignorance envers cette profondeur primordiale du message divin, alliée aux dérives idéologiques de courants de pensée musulmans, littéralistes (comme les wahabites) ou aux motivations politiquement orientées (manipulant le concept de « jihad »), qui étaient souvent à la base de l'image déformée que beaucoup de non musulmans avaient désormais de notre belle religion. Sans compter les impacts psychologiques du miroir déformant des médias de masse, qui accentuent les clichés et agrandissent le fossé des incompréhensions et des malentendus...

Ces explications semblèrent susciter chez cet étudiant, à la fois, une excitation mêlée à un surcroît d'intérêt pour cette nouvelle et inattendue perspective de l'Islam qu'il venait de découvrir. Les trémolos dans sa voix et la joie indiscible se reflétant sur son visage nous parurent éminemment touchants.

C'est alors qu'il nous posa, à brûle-pourpoint, une dernière question. Une question qui interpella brutalement notre responsabilité et nous mis dans un certain embarras.

« Comment se fait-il que ce visage si profondément humain et si positif de l'Islam représenté par ce Cheik Bamba ne soit pas assez connu dans le monde ? Comment se fait-il que l'on continue encore de nous présenter uniquement l'image projetée par d'autres musulmans n'ayant pas cette approche ? Qu'avez-vous réellement fait jusqu'ici pour vulgariser d'avantage les enseignements pacifiques de ce Cheik dans les autres cultures ? »

Que lui répondre 

Dire que, au moment où ce jeune gabonais, qu'au moment où d'autres peuples du monde recherchent désespérément et n'attendent que ce message de paix, symbolisé à un niveau inédit par Serigne Touba, beaucoup de nos condisciples ont désormais choisi de dissiper leur énergie dans les polémiques récurrentes et des domaines peu en rapport avec ce message. Qu'au lieu de préserver jalousement ce legs et de le partager avec toute l'humanité, nous soyions, au contraire, de plus en plus tentés par les démons de la violence, de la division, du dénigrement mutuel et de l'amour du bas-monde.

Attitude qui est loin de refléter, il est vrai, les graces infinies que leur maître affirme pourtant avoir acquis dans cette terre gabonaise dont la plupart de ses habitants actuels ne semblent même pas se souvenir de son passage. Lui qui disait justement de son séjour en exil : « Le Seigneur m'a accordé à Libreville des faveurs par lesquelles j'ai surpassé tout autre Saint... » Ses disciples que nous sommes ont-ils véritablement l'ambition de dépasser les autres, conformément au sillage tracé par leur éminent guide ?

Cette interrogation de l'étudiant gabonais ne manqua pas ainsi de susciter en nous d'autres types de questionnements plus traumatisants.

Les musulmans ont-ils réellement conscience de la grâce de trouver en Cheikh A. Bamba un modèle actuel et concret de matérialisation des enseignements pacifiques du Prophète Muhammad (PSL) ? Un modèle dont la vie et les actes sont capables de contredire tous les clichés d'agressivité injustement nourris sur leur religion ?

Les africains et les sénégalais réalisent-ils assez la chance que soit apparu au sein de leur peuple un tel héros dont la forte identité culturelle lui permit de surpasser tout complexe envers l'Orient et l'Occident, pour retrouver par lui-même les racines du divin, de concevoir son propre projet de société et de proposer aujourd'hui une telle alternative fraternelle au monde entier ?

Les mourides apprécient-ils à sa juste valeur l'inestimable legs dont ils sont les dépositaires au premier chef ? Ne sont-ils pas plutôt en train de forger souvent des clous avec l'or pur leur étant confié ? De cultiver bruyamment et triomphalement des bananes sur la vaste mine de diamants leur étant laissée en héritage ?

En un mot, méritons-nous réellement Serigne Touba ?

 

Par Abdou Aziz Mbacké Majalis

 Cette missive est destinée à Samba Laobé, roi du Djolof, et émane de Ahmad ibn Muhammad Mbacké, le serviteur de DIEU, son MAITRE ABSOLU et dont il se suffit entièrement, qui lui transmets ses salutations les plus parfaites et les plus honorables.

Je te fais savoir que j'ai bien reçu la lettre que ton émissaire devait me transmettre et dans laquelle tu me fis parvenir tes salutations et sollicitas auprès de moi des recommandations et exhortations ; raison pour laquelle je t'adresse ces mots-ci :

Sache que le pouvoir que tu détiens actuellement en ce monde ne t'est parvenu qu'après avoir été soustrait des mains d'autres rois comme toi qui t'ont précédé. Et qu'un jour viendra où ce même pouvoir te sera repris des mains pour être cédé à d'autres rois qui te succéderont. Donc s'il arrive certains jours où la vie te semble favorable et t'assiste contre tes adversaires, sache qu'il en sera d'autres où elle favorisera tes adversaires contre toi. Et si quelque fois elle t'a fait rire, quelques fois aussi elle te fera pleurer. Que donc la joie qu'elle t'inspire ne t'abuse pas car ce monde est, par nature, trompeur et fourbe. Il arrive souvent qu'il se retourne brutalement contre toi pour te leurrer et te faire tomber dans son piège.

Aussi, je te recommande de toujours persévérer à assister les plus faibles, les pauvres et les nécessiteux, et de ne jamais tomber dans la tyrannie et l'injustice car « tout homme injuste le regrettera un jour» et « tout tyran assurera sa propre perte ».

N’oublie jamais que la puissance que tu détiens et toutes les faveurs qui en découlent ne te sont, en vérité, parvenues qu’à travers la mort d’autres personnes qui les détenaient avant toi et du fait que ces mêmes faveurs se sont départies de ces dernières pour de bon. Par conséquent, attends-toi à ce que ces mêmes privilèges te délaissent un jour de la même façon qu’ils te sont parvenus. Fais donc preuve de persévérance dans les actes qui te seront utiles dans les deux mondes, ici-bas et dans l’Au-delà, avant que tu tournes un jour définitivement le dos à ces avantages ou bien que ceux-ci se détournent à jamais de toi.

C’est ici que s’achèvent les recommandations que je te donne ; si jamais tu consens à t’y conformer, ce sera à ton profit, autrement [tu en assumeras les conséquences] car «Nous appartenons tous à DIEU et c’est vers Lui que nous retournerons »

 Les mourides qui adorent Dieu, tout en comptant sur l’intervention de Serigne Touba pour obtenir le bien et accéder au Paradis, tombent-ils, sans le savoir, dans le shirk (associationnisme) ? En invoquant la « baraka » de leur « marabout », en rendant grâce (sant) à Serigne Touba, en priant Dieu à travers lui ou ses écrits (khassidas), ces adeptes soufis sont-ils devenus des « mécrants », selon la virulente diatribe salafite ? De façon plus générale, l’Islam permet-il de mentionner une quelconque autre créature, aussi éminente soit-elle, « en même temps que Dieu » ? Le « Tawhîd » peut-il s’accommoder du fait de compter sur un quelconque apport ou faveur provenant d’une créature, même favorisée par Dieu, comme les Prophètes, les Saints ou autres ?

Pour répondre à ces questionnements importants, surtout dans le contexte d'ouverture médiatique et idéologique actuel, nous allons tenter d’analyser, en deux parties, la problématique de l’intercession en Islam et ses corollaires (tawasul, tabaruk etc.) telle que traitée dans notre essai « KHIDMA : La Vision Politique de Cheikh A. Bamba » (Editions Majalis, 2010)

L'INTERCESSION EN ISLAM

La possibilité de l’intercession, contrairement aux dénégations excessives de certaines tendances salafistes et littéralistes de l’Islam, constitue une réalité étayée par les principales sources autorisées de l’Islam. Même si elle reste sujette à certaines limitations qui contredisent effectivement les tentations laxistes et excès de certaines interprétations soufies infondées.

De façon générale, cette possibilité d’intervention, appelée shafa’a (intercession), lorsqu’elle a lieu à l’au-delà, ou tawassul (intermédiation spirituelle) lorsque son bénéficiaire est encore vivant, a toujours fait, comme on le sait, l’objet de controverses très passionnées entre différentes tendances de l’Islam (soufies et anti-soufies). Mais elle fut également, depuis toujours, au cœur de la critique sur « l’exploitation des mourides par leurs marabouts » sous couvert d’une hypothétique « intercession de Serigne Touba ou de leurs marabouts » à l’au-delà. Croyance qui justifie, d’après les dénégateurs, le « culte des saints et la vénération de leurs tombeaux » dont les mourides sont régulièrement accusés dans la recherche et dans les nombreuses analyses leur étant consacrées. Tout en paraissant contredire le principe d’unicité absolue de Dieu (Tawhîd) à la base du message islamique. En somme, une autre pierre dans le jardin déjà fleuri des maraîchers de « l’islam noir »...

L’importance de cette question, qui revient régulièrement dans presque tous les débats passionnés sur les croyances des mourides, nous incite à tenter de l’analyser, aux fins de clarifier davantage le débat, à la lumière des matériaux tirés des sources primaires de l’Islam. Sources qui, on le verra, analysées sereinement, sans parti pris et en dehors des nombreuses passions partisanes qui dénaturent la plupart des débats au Sénégal et dans l’Islam, démontrent que le principe d’équilibre et d’équité permet en réalité de reconnaître l’existence de faveurs divines exceptionnelles accordées à certains serviteurs, tout en rejetant les tentatives inconséquentes de profiter de ces faveurs pour transgresser les ordres de Dieu.

Pour résumer cette idée charriée par le Coran et par un grand nombre de hadiths, nous dirons que l’Islam rejette et condamne toute idée d’immixtion d’une quelconque créature (humaine, idole, élément naturel etc.) entre le serviteur et son Seigneur dans l’adoration due à ce dernier. Raison pour laquelle il réprouve sévèrement à la fois l’adoration (Ibâda) des idoles et des faux dieux, au même titre que le pouvoir d’intercession que les polythéistes avaient attribué à ceux-ci dans ce cadre. Dans cette même veine, l’Islam réprouve fermement l’adoration (Ibâda) des êtres humains, que ce soit pour leur sainteté, leur piété, leurs capacités intellectuelles, artistiques, physiques, morales ou autres. Adoration, appelée shirk (associationnisme), qui explique l’existence de certains pouvoirs extraordinaires, comme celui d’intercession des idoles ou d’hommes éminents auprès d’une divinité autre que Dieu, qui leur étaient attribués, surtout dans le contexte des sociétés polythéistes où l’Islam apparut et qui marqua fortement la teneur de son message radicalement monothéiste. Mais, parallèlement au rejet de toute forme d’amalgame et d’associationnisme dans l’adoration exclusive, individuelle et verticale (ou Ibâda) que tout être humain doit au Créateur Seul, l’Islam réaffirma, de façon moins perceptible à priori aux yeux de certains, la possibilité et même l’obligation de passer par d’autres êtres humains et d’autres créatures (Prophètes, Saints, parents, conjoints, frères musulmans etc.) pour accéder à l’Agrément de Dieu. Ceci, dans une autre forme d’adoration horizontale du Seigneur, consistant à œuvrer pour Ses créatures et à se mettre à leur service (Khidma) pour la seule Face de Dieu.

Cette Khidma qui, pour être un pendant et un complément même de la Ibâda, n’en est pas moins très différente et ne saurait aucunement être assimilée au shirk, tant que ses acteurs (Objet et Sujet) se conformeront à ses conditions fondamentales. Et autant l’Islam accepte l’idée que l’adoration du Créateur puisse se faire à travers le profit généré en faveur de Ses créatures, autant il accepte (assez logiquement) l’idée que le Créateur puisse en retour générer du profit en faveur de Son Adorateur (Sujet) à travers ces mêmes créatures (Objet). Sans que cela ne remette aucunement en cause l’unicité absolue et la Toute-Puissance divines. Ceci, tant que l’origine exclusivement divine de ces faveurs et avantages ne sera pas oubliée et que les créatures à travers qui ils sont accordés par Dieu ne seront pas perçues comme les auteurs primaires desdits avantages en dehors de Dieu. Ou bien capables de générer, par elles-mêmes et sans la Permission de Dieu, du profit et de susciter du mal. Ceci, à travers les faveurs leur étant accordées : miracles (mu’jizât), prodiges (karamât), pouvoir d’intercession (shafa’a), d’intermédiation (tawassul ou wasîla), bénédiction (tabarruk), l’exaucement des prières (ijâba) etc.

Pour résumer cette idée fondamentale permettant de mieux comprendre la dialectique en œuvre dans le concept de Tawhîd, l’on peut dire que l’existence de faveurs divines exceptionnelles pour certaines créatures privilégiées constitue une réalité indéniable de l’Islam, unanimement confirmée par l’ensemble de ses sources. Sauf que celles-ci demeurent strictement assujetties à la Volonté Divine et réglementées dans des limites clairement précisées par le Seigneur et ne sauraient légitimer le laxisme et les transgressions commises sous leur prétexte. Tel que précisé par le Seigneur : « Mon Engagement ne s'applique pas aux injustes.» (2:124)…

C’est cette dualité ou dialectique du Message coranique, fondé sur l’équilibre divin, que beaucoup de musulmans, de chercheurs ou « ouztaz » ont apparemment du mal à percevoir ou à accepter pleinement, qui explique, à notre avis, un grand nombre de polémiques et de controverses théologiques séculaires en Islam. Polémiques le plus souvent alimentées, il est vrai, par les querelles de tendances ou d’obédiences plus que par la quête exclusive de la vérité. C’est ainsi que les tenants d’une version unilatéralement verticale de l’adoration (amputée de sa dimension horizontale et de toutes ses implications) persistent encore à se référer exclusivement aux versets et hadiths qui confortent le monothéisme de l’adoration verticale (Ibâda). Tout en ignorant délibérément dans leur répertoire, ou en essayant de réinterpréter dans de sens de leurs idéologies, d’autres versets et hadiths réaffirmant parallèlement la valeur du monothéisme de l’adoration horizontale (Khidma). Alors qu’une analyse dépassionnée des sources islamiques traitant de ce thème aurait pourtant démontré que, non seulement l’exégèse du Coran requiert très souvent la confrontation de l’ensemble des versets traitant du thème analysé, sans aucune discrimination arbitraire, mais que la meilleure démarche et l’approche la plus exhaustive consisteraient plutôt à aborder cette question en plusieurs temps ou niveaux.

Comme nous allons l’illustrer dans la seconde partie de cette analyse qui, en confrontant les différentes sources islamiques qui traitent de cette problématique de l’intercession, démontrera qu’il est tout à fait conforme à l’esprit de l’Islam d’œuvrer sincèrement pour Dieu, tout en comptant sur les faveurs qu’Il a accordées à Ses Amis Privilégiés…

 

[Par A. Aziz Mbacké Majalis – Partie 1]

Kémanou  XASSIDA yi SERIGNE TOUBA

Selon une tradition initiée depuis maintenant plus d'une décennie, les mourides de la ville de Saint-Louis (Missouri, États-Unis) célèbrent, à l'instar de sa ville homonyme du Sénégal, les deux célèbres rakkas effectuées par Cheikh A. Bamba, le 5 Septembre 1895, dans la Gouvernance de Saint-Louis. Saint-Louis du Missouri fut fondé, à l'instar de sa ville jumelle du Sénégal, par des commerçants et colons français, au bord de l'eau, sur le confluent des rivières du Missouri et du Mississippi.

L'édition de cette année, à laquelle nous eûmes la chance de participer, eut une innovation de taille. En effet, pour la première fois depuis 13 ans, le Dahira Mawâhibul Rahmân de Saint-Louis, en collaboration avec MAJALIS, intégra dans les activités du Magal une dimension scientifique et académique importante, destinée surtout aux étudiants et citoyens américains conviés à l'événement. C'est ainsi que, dans la suite logique de la Conférence internationale organisée un an auparavant (11 Septembre 2015) par MAJALIS à l'Université Columbia de New York, l'Exposition Internationale sur la Non-Violence en Islam, ayant pour thème « Cheikh A. Bamba : Un Artisan Musulman de la Paix » fut présentée durant la matinée aux étudiants de l'Université Washington de Saint-Louis (WashU). Accompagnée du Professeur Samba Diallo, la vingtaine d'étudiants américains invitée aux 2 Rakkas de cette année fut gratifiée, pour la première fois de leur vie, d'une présentation de la biographie et des enseignements pacifiques du Serviteur du Prophète et de la Mouridiya.

A la suite de cette présentation hautement appréciée des différentes planches de l'exposition (une cinquantaine, au complet), par le dynamique et brillant Djiby Diagne, représentant MAJALIS aux USA, une conférence en anglais sur le thème « Sufi theology and the roots Les of non-violence in Ahmadu Bamba’s thought and Practices » fut donnée par Cheikh Anta Babou, professeur d'histoire à l'Université de Pennsylvanie et éminent chercheur sur la Mouridiya. Un exposé, modéré par S. Bamba Seck du Dahira d'Atlanta, qui fut suivi d'une séance de questions/réponses avec les étudiants de WashU. La soirée fut, quant à elle, consacrée aux allocutions et conférences habituelles en wolof, assurées par des conférenciers de renom, tels S. Affé Niang, S. Fallou Bousso Tamba, S. Saliou Sow, S. Ndiaga Diop et moi-même, destinées au public sénégalais convié tous les ans à l'événement.

Au lendemain de cet inédit Magal des « Niari Rakkas » de la ville de « Ndar » des États Unis, j'eus l'honneur d'être invité à l'Université Washington de Saint-Louis par mon ami et frère, Samba Diallo. Le Professeur El Hadji Samba Amadou Diallo, pour ceux qui ne le connaissent pas encore, est docteur en anthropologie sociale et historique de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (Paris) et est chargé d'enseignement à Washington University de Saint-Louis, plus précisément au Département des études africaines et afro-américaines. Originaire de la famille Sy de Tivaouane, il y poursuit depuis ses recherches sur la Tijāniyya en Afrique du Nord, de l'Ouest et dans la diaspora (plus particulièrement aux États-Unis d'Amérique).

L'Université Washington de St-Louis (Washington University in St. Louis) dans laquelle enseigne Samba est fondée il y a plus de 150 ans (en 1853). Elle est classée 14e des universités américaines (30e au niveau mondial) et est la 7e université la plus sélective des États-Unis (selon U.S. News & World Report). Avec 22 prix Nobel sortis de ses rangs, cette prestigieuse institution privée abrite plus de 14.000 étudiants.

J'eus l'insigne privilège, sur proposition du Professeur Diallo, de me rendre dans la classe qu'il dirige pour présenter à ses étudiants notre organisation MAJALIS, ses différents projets et activités dans le monde. Une présentation qui fut l'occasion, surtout à la suite des nombreuses questions très pertinentes posées par les étudiants, de mieux leur exposer la valeur des enseignements de ce grand maître soufi que fut Cheikh A. Bamba. De même que l'importance de ces enseignements pour une culture de la paix dans le monde et une coexistence apaisée entre l'Islam et les autres civilisations. Le déroulement (« exciting », comme ils disent) de la séance, la grande curiosité et l'étonnement manifestés par les étudiants, dont la plupart avouèrent n'avoir jamais entendu parler d'une approche si singulière du « Jihad » et d'autres concepts islamiques galvaudés, surtout dans leurs grands médias, nous raffermirent dans la conviction que seul un dialogue éclairé, tolérant et approfondi, mettant en exergue les valeurs d'éthique et de spiritualité de l'Islam, telles qu'enseignées par Cheikh A. Bamba, peut combattre les clichés et réduire les fossés. Cet intérêt des étudiants nous sembla en outre, au Pr Diallo et à moi, présager de l'éventualité que certains d'entre eux puissent être tentés d'approfondir leurs recherches sur le sujet à travers des thèses (sur lesquelles MAJALIS serait très heureux d'apporter ses matériaux et son assistance).

Après ce « cours inaugural » impromptu sur Serigne Touba, j'ai pu visiter différents départements de l'Université Washington, dont le « African and African American Studies » et l'une des 14 bibliothèques de l'Université (qui ne comptent pas moins de 4,2 million de volumes !). Ayant toujours été impressionné par l'attachement de ce pays à la science et à l'éducation, de même que les moyens immenses qu'il y consacre, j'éprouve toujours un certain pincement au cœur en visitant leurs universités, comparé surtout à notre système éducatif comateux (quoique je sache que cette hyper-puissance, en tant que pays-continent, ne puisse valablement être comparée à notre pays). Je comprends aussi davantage, quoique ne l'acceptant pas totalement (car opposé, par principe, à la « fuite des cerveaux »), le choix de plus en plus de compatriotes de vivre dans un tel environnement académique et matériel dont les possibilités, sur tous les plans, n'ont apparemment rien à voir avec les nôtres. Surtout en rapport avec la médiocrité sans nom de notre leadership en matière éducative et l'archaïsme inouï de nos moyens et dispositifs actuels :-( En me rendant compte, par exemple, que le budget de la seule Université Washington de Saint Louis, que je venais de visiter, avoisine les 4200 milliards CFA (soit 1200 milliards de plus que le budget du Sénégal !), je mesure amèrement l'écart incommensurable qui nous sépare des pays plus développés...

Moralité : Il nous faudra beaucoup travailler, mieux travailler, moins parler, mieux croire en Dieu et en nous-mêmes. Comme le fit exactement Serigne Touba à Saint-Louis il y a 130 ans.

C'est-à-dire : In Allah we trust!

Cheikh Mouhamad Hassan Ad-Dadou, un érudit mauritanien, considéré comme l'un des plus grands savants musulmans des temps modernes (avec Qardawi), prend l'exemple de l'attachement de Cheikh Ahmadou Bamba à la prière pour illustrer l'importance de celle-ci auprès des hommes de Dieu.

Cheikh Ahmadou Bamba, offrit à Mame Cheikh Anta la terre de Darou Salam et s'apprêtait ainsi à rejoindre Touba la sainte afin d'y élire domicile. Il fut accompagné de seize (16) disciples parmi lesquels nous pouvons notamment citer Cheikh Ibrahima Fall. Cheikhoul Khadim s'installa dans la maison que les disciples avaient construite à sa demande. La maison en question, qui se trouvait là où aujourd’hui la grande mosquée est actuellement érigée, mesurait 90 mètres de longueur et 60 mètres de largeur.

Dès son arrivée, le Cheikh découpa la cité en quatre (4) parties et dans chacune d'elle il affecta un groupe de quatre disciples. Dans chaque groupe le guide désigna un responsable moral communément appelé "Diewrine" dans le jargon Mouride. Les quatre "diewrines furent: Serigne Ndame Abdou Rahmane Lô, Cheikh Ibrahima Fall, Cheikh Ibra Sarr Ndiangne et Serigne Massamba Diop Sam. Serigne Touba affecta Cheikh Ibra Sarr au nord de la cité avec trois disciples. Avec le même nombre de disciple pour l'accompagner, Serigne Massamba Diop Sam s'est vu confié la partie de la cité qui se situe au sud de la maison du Cheikh.

Le groupe qui avait comme "diewrine" Serigne Ndame Abdourahmane Lô s'est installé à l'Est de la maison de Serigne Touba. C'est d'ailleurs cette localité qui est devenu aujourd'hui le célèbre quartier de Ndamatou à Touba dont l'appellation provient de "Ndame-Atou". Serigne Touba confia enfin à Cheikh Ibrahima Fall la partie ouest de la cité pour qu'il s'y installe avec les trois disciples qui restaient. C'est ainsi que Cheikhoul Khadim a organisé l'habitat à Touba après s'être installé dans sa maison au centre.

 

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