La rédaction

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L’histoire jamais racontée de Serigne Mountakha Mbacké

Quand un fils parle de son père, l’émotion se distille des mots. Homme à la sagesse scintillante, de son vrai nom Ahmadou Bamba Mbacké dit Cheikh Khadim Mountakha sait raconter son papa. Dans la modestie de sa maison sise à Touba, au milieu de son spacieux salon légèrement encensé, l’homme qui maîtrise son sujet, parle avec fierté de cet homme aux valeurs ancestrales. Cet homme qui, très tôt, a su démystifier l’encombrant côté mondain de la vie moderne et est allé à la recherche du savoir un peu partout. De Touba, en Mauritanie en passant par Diourbel et Kaffrine. Avec fierté, les yeux brillants d’affection, entre sourire et rire, Serigne Cheikh, croisant et décroisant les doigts, est revenu sur l’itinéraire de son père. Un «talibé» suivant à la lettre les «ndigueul». Un «mouride sadikh», comme l’appellent certains disciples de Touba. Récit…

Sa mère était de la confrérie tijane. Ce guide suprême du Mouridisme, connu pour son grand cœur, sa générosité, sa disponibilité et son attachement à la religion et à la tarikha, n’a rien perdu de son sourire aux radieux éclats attendrissants. Qui est Serigne Mountakha Mbacké ? Son fils, Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké dit Cheikh Khadim Mountakha lève un coin du voile sur cette personnalité : «Serigne Mountakha Mbacké est le fils de Serigne Bassirou Mbacké (4e fils du Cheikh) et de Sokhna Binta Diakhaté, dont le papa était un grand tijane. Sokhna Binta Diakhaté et Serigne Amsatou Diakhaté, oncle de Serigne Abdou Lahat, ont le même père. Un jour, alors qu’elle avait 12-13 ans, elle a dit à Serigne Touba : «Je veux devenir mouride.» Serigne Touba dira à l’assemblée : «C’est loin d’être des mots d’enfant.» Elle a insisté et Serigne Touba a accepté et prié pour elle. Sokhna Binta est de la lignée maternelle de Serigne Bassirou. Et lorsqu’elle est venue dans la maison de Serigne Bassirou, elle se donnait corps et âme à la confrérie. En vraie «Yaye Fall», elle était connue pour son dévouement et s’attelait à accomplir toutes tâches destinées aux femmes. Revenant à Serigne Mountakha, il n’était pas l’aîné de la famille. C’est son fils qui le dit : «Il est le quatrième enfant de sa mère. Et du côté de son papa, il avait une dizaine de grands frères et de grandes sœurs. Et c’est Serigne Moustapha Bassirou qui était le Khalife de Serigne Bassirou de 1966 jusqu’à son rappel à Dieu en 2007.» Même s’il avait des frères plus âgés que lui, Serigne Mountakha succédera à Serigne Moustapha Bassirou.

Un homme généreux, épris de savoir. Pourquoi ? La volonté divine, dira Serigne Cheikh, avec un sourire qu’il a hérité de son père, «né en 1933 à Darou Salam Kayel où il a fait ses premiers pas». A Darou Salam Kayel : «Il a appris le Coran. Ce, jusqu’à l’âge de 5 ans. Ensuite, on l’emmène à Touba Mboul, dans l’arrondissement de Kayel. Là-bas, il poursuit ses études coraniques. Mais, il n’y reste pas longtemps. Serigne Bassirou l’envoie à Diourbel chez Serigne Mor Mbaye Cissé, un grand maître coranique. C’est auprès de lui qu’il maîtrise le Coran. Serigne Bassirou l’envoie de nouveau, à Mboul Kayel où il est resté jusqu’en 1953. Il décide, par la suite, de poursuivre ses recherches en Mauritanie. Il n’avait que 20 ans.» Chez les voisins d’à côté, il apprend «la langue et la grammaire arabes.» Seulement : «Il n’a pas fait plus de deux ans en Mauritanie. A son retour, il est parti à Diourbel pour perfectionner ses études et apprendre la Charia. Epris de recherches, il décide de retourner en Mauritanie pour développer son savoir et asseoir ses compétences. Lorsqu’il en parle à son père, ce dernier lui demande d’aller à Mboul pour terminer son apprentissage.» Fils obéissant, il suit les recommandations du père. «Il apprenait des passages qu’il avait déjà dépassés. Mais, avec sa soif du savoir, tout n’était que perfectionnement. C’est à Mboul qu’il il se mariera, aura ses épouses et fondera sa famille. Toutefois, cela ne sera nullement un frein à ses études. Il les continue, tout en jouant le parfait rôle de chef de famille. Cette période, coïncidant avec celle où les temps étaient durs, il a eu à aider beaucoup de chefs de famille. Homme généreux, il adorait inviter les gens et ne lésinait pas sur les moyens pour bien les accueillir. D’ailleurs, il a gagné l’estime de beaucoup de gens à cette période. A Mboul, il avait aussi ses champs, ses daaras, ses talibés à qui il a inculqué des valeurs, a appris le Coran et le sens du travail. Ensuite, il a fait d’autres villes, parce que Serigne Bassirou avait beaucoup de sites. En 1966, il avait discuté avec son père qui lui disait avoir l’intention d’acheter un lopin de terre dans le département de Kaffrine. Mais, Serigne Bassirou est rappelé à Dieu la même année. Serigne Moustapha, lui succède et demande à Serigne Mountakha de concrétiser le projet de son père. Il n’avait que 33 ans. Là-bas, Serigne Mountakha a beaucoup souffert. On peut dire qu’il a vécu les pires moments de sa vie à Dara Ngoum Saloum où il fallait aller jusqu’à Touba pour s’approvisionner. A cette époque, même à Kaffrine, il n’y avait pas d’eau. Cette localité était distante de 100 kilomètres de Touba. Serigne Moustapha avait laissé une très grande famille. Donc, il fallait serrer la ceinture pour pouvoir prendre en charge tout ce monde. Et pour manger, il ne fallait rechigner sur rien du tout. C’étaient des centaines de personnes à nourrir et il arrivait que des tonnes de riz ne suffisent pas. Il fallait aller jusqu’à Mbacké pour s’approvisionner. Il avait des champs, mais étant de nouveaux habitants, tous les moyens n’étaient pas réunis. Et après la collecte de la culture, il les partageait avec ses pères, comme Serigne Abdou Lahat, Serigne Saliou, Serigne Souhaïbou…»

Sa proximité avec Serigne Saliou. En plus de la confiance de ses aînés, il a très tôt été responsabilisé. «Il y avait un mouvement né en 1980 : Les jeunes mourides, dont les rencontres se tenaient au stade Demba Diop. C’est lui que Serigne Abdou Lahat déléguait pour le représenter. Pourtant, il y avait plus vieux que lui, mais il a très tôt gagné la confiance de ses ainés.» Serigne Mountakha, c’est aussi la générosité. «C’est un homme qui partage tout ce qu’il a avec les gens. Avant même de donner à sa famille, il donne aux autres. Il est du genre à faire du problème des autres le sien. On ne peut citer le nombre d’autorités pour qui il a réglé des problèmes d’argent sans tambours ni trompettes.» Absent de Touba durant des années, il avait pour projet de retourner au bercail. «A chaque fois, il disait qu’il allait retourner à Touba, dès qu’il aura 50 ans. Ce qui, pour nous, était lointain…» Mais, il fera son retour. «A Touba, il était très proche de Serigne Saliou qui lui confiait beaucoup de tâches. Tous les travaux des champs et autres, Serigne Saliou les lui confiait. Pour Serigne Souhaïbou, il était comme un fils. D’ailleurs, il lui a donné sa fille, Sokhna Bally, comme épouse. A Touba, il a vécu en talibé, ouvert et dévoué. Avec Serigne Saliou, il y avait une grande proximité et ils se ressemblaient sur beaucoup de points. D’ailleurs, Serigne Saliou avait beaucoup confiance en lui. Et il lui avait dit «si jamais je meurs, «nang ma takhawou». Et c’est ce qu’il fit. Après le rappel à Dieu de Serigne Saliou, il a dirigé la prière mortuaire.» Homme qui fait des problèmes des gens les siens, au point de léser sa famille, il agit avec le cœur. «Ce sourire que vous voyez toujours sur son visage est le reflet de la clarté de son cœur. Il veut du bien à tout le monde. C’est un homme qui se sacrifie pour les autres et le fait sans arrière-pensée. C’est un homme plein d’affection et de piété.» Après le rappel à Dieu de Serigne Saliou, il n’y avait plus de fils de Serigne Touba restant. «La même nuit, il a échangé avec Serigne Bara. Tous les fils de Serigne Touba étant morts, il a dit aux petits-fils d’être derrière Serigne Bara, petit-fils de Serigne Touba, car c’est ce qui est normal. Puis, il a dit à Serigne Bara qu’il était à sa disposition. D’ailleurs, il a construit une mosquée pour Serigne Bara, durant la dure période de crise en 2012. Jusqu’au jour où il a remis les clefs à Serigne Bara, personne ne peut dire qu’il a écrit une lettre pour demander de l’aide à qui que ce soit ou bien a fait une conférence pour ça. Et c’est une mosquée de Darou Dindy qui a coûté 72 millions FCfa.»

Le reflet de son père… Parfois, sourit Serigne Cheikh, les gens pensent qu’il a gardé de l’argent. «Ça fait rire. Mais, c’est un homme qui n’a pas de compte bancaire. Il donne tout ce qu’il a. Il a tellement confiance en Dieu qu’il pense que tout est réglé. Parfois, tu y vas avec un problème et il te sourit en te disant : Ah, ça ce n’est rien. Tu te dis qu’il se moque de moi. Mais, c’est pour montrer combien il renvoie tout à Dieu. Et la certitude qu’il a que ça va se régler. Il remet tout à Dieu. En voyant Serigne Mountakha, on pense à son père. Sa façon de faire, sa quête du savoir, sa bonté…Il discutait beaucoup avec son père et c’est pourquoi il a très tôt mis à l’écart le côté festif de la vie pour se consacrer à la quête du savoir. Il a très tôt compris ses objectifs et a suivi la voie menant vers eux. Il pouvait être le premier milliardaire d’Afrique ou l’un des plus nantis au monde, mais il n’a jamais voulu construire de maison à étages, alors que pour le «Daara tanzir», il a participé, pour une première dotation, à hauteur de 400 millions FCfa. Il disait qu’il n’imagine pas construire une maison à étages, mais son argent va dans les mosquées et daaras. Tout ce qu’il avait, il le mettait dans les daaras, les constructions de mosquée, comme à Porokhane où il a construit une grande mosquée pour plusieurs milliards. Il vit en talibé. Quand on l’a choisi khalife, il a dit : Mane mangui ni, khawouma dara, meunouma dara. Vous voyez cette inexpérience devant Serigne Touba, alors qu’il a de l’expérience. Il a accompagné presque tous les khalifes. Mais, c’est ça la modestie de Serigne Mountakha.

Sur la voie tracée de Serigne Touba. Avant son rappel à Dieu, Serigne Touba avait formulé ses vœux en trois projets. Le premier est la construction de la mosquée de Touba, le deuxième, effectuer le pèlerinage à la Mecque pour lui et le troisième est la construction d’une grande université, avec des matières qui vont faire converger les gens. C’est ce grand «daara» Serigne Touba qui manquait. Serigne Abdou Lahat l’a débuté, Serigne Saliou y a posé des actes. Serigne Mountakha en a fait son projet phare pour en faire une université d’excellence. C’est le projet d’université dont la maquette est à la Résidence Serigne Touba. C’est un vœu de Serigne Touba qu’il veut réaliser. A ce projet, s’ajoutent d’autres qu’il a trouvés en cours et qu’il est en train de continuer. Et, après le Magal, il compte s’y pencher. Promettant de suivre les autres, il dit que l’éducation est primordial et qu’il veut que nos enfants aient une éducation de qualité.» «A Porokhane, il y a un daara qui s’appelle Mame Diarra. Toutes les pensionnaires portent le nom de Mame Diarra. Plus de mille filles. Chaque Mame Diarra a droit à une place. Tout le cursus est gratuit. Elles sont nourries, logées, prises en charge…et ne paient rien. C’est Serigne Moustapha Bassirou qui l’a initié. Elles suivent des branches professionnelles, font de l’informatique. Sur leur budget mensuel, le Khalife a ajouté 3 millions FCfa de plus par mois, pour que les filles soient dans de très bonnes conditions.» Ses relations avec les autorités étatiques ? «Il entretient de bons rapports avec tout le monde. Il travaille pour Serigne Touba. Et qui vient le voir sera reçu et bien accueilli. Malgré son statut de Khalife, il reste accessible. Il représente Serigne Touba. Et tout musulman a le droit de venir le voir. Tout le monde sait que Serigne Mountakha n’a jamais fermé ses portes. La preuve, tous les Maures convergeaient devant sa porte, vu sa disponibilité. Maintenant, avec la fonction, le nombre de gens qui veulent le rencontrer, le voir peut être difficile, mais il reste toujours le Serigne Mountakha souriant, disponible et accueillant que nous connaissons tous.» Le même qui nous gratifie toujours de son plus beau sourire.

T. MARIE LOUISE NDIAYE (ENVOYÉE SPÉCIALE À TOUBA)

Obs

 

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Le musulman doit donc, de temps en temps, tourner le dos à tous les besoins mondains et retourner à son Seigneur, pour se rappeler ce qu’il a devant soi. Cet avenir qui commence dès l’arrêt de la respiration. Vous savez que nul ne peut avoir deux séjours terrestres.

DIEU donne à chaque individu , en une seule tranche, le temps (tant de jours, tant de mois ou tant d’années) qui constitue sa vie terrestre et c’est pendant ce laps de temps que l’individu doit préparer son séjour éternel dans l’autre monde. C’est pour cette raison que le musulman doit, de temps à temps, laisser tout de côté et retourner à ALLAH.

Ce qu’il a devant soi commence, ai-je dit, dès la fin de sa vie, lorsque l’homme est couché dans son lit de mort ; à cet instant, il est certain qu’il ne lui reste plus rien de ce monde. Il sait également qu’il ne peut, non plus, rien faire, si ce n’est ce qu’on appelle “As-sadakhatin diâriya”, qui puisse le servir dans le chemin de son Seigneur. Se rappeler ces instants, constitue pour l’homme une exhortation.

Les oulémas rapportent que ce qui peut aider l’individu à se rappeler ces moments c’est :

- une fréquentation régulière et assidue de la mosquée ;

- la visite des cimetières, (pour voir ceux qu’on va inévitablement retrouver et qui sont coincés dans un petit trou où rien ne peut les aider si ce n’est l’intention ou l’action (déjà réalisée pendant la vie) ;

- avoir l’habitude de voir les personnes en agonie ;

- le lavage du mort, (remuer et retourner un corps qui ne sent plus rien et se rappeler que l’on arrivera un jour à ce stade -même si on ne sait pas quand-. Serait-il demain, cet après midi ou dans 10 ans. De toute façon on y passera.) ;

- lire le coran ;

- les assemblées religieuses, telle que celle-là, où on rappelle à l’assistance ce qu’elle n’aurait jamais dû oublier.

 

Serigne Saam Mbaye (rta)

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18 SAFAR 1440H: S. Ablaye Diop Bichri

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Yésal Barabou Cheikh sidy moukhtar mbacke Serigne Moustapha Mbacke Khalife Serigne Bara

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