in

Arabie Saoudite : une jeunesse dans la dynamique de la modernité

Mon dernier séjour en Arabie Saoudite remonte à quelques années. J’y étais parti pour accomplir une Omra ( petit pèlerinage ) et surtout pour réaliser un rêve : séjourner le plus longtemps possible à Médine, la ville chère au cœur du Prophète (saws ) et le lieu par excellence pour une véritable cure de désintoxication spirituelle et des retrouvailles émouvantes avec les fondamentaux de l’islam, dont certains prétendus experts ou défenseurs zélés essaient toujours d’en brouiller l’image et le sens.

J’avais gardé du pays la même image d’une société renfermée sur elle-même, sommée par mesure prophylactique de tenir à distance les pèlerins qui sont somme toute, des visiteurs étrangers que l’hospitalité arabe légendaire se doit de bien accueillir, mais dans un périmètre qui n’autorise aucune proximité susceptible d’inspirer une curiosité jugée malsaine par à priori et par précaution.

Certes, il m’était arrivé à plusieurs reprises d’échanger avec des gens de La Mecque ou de Médine, mais cela s’était toujours passé dans une atmosphère convenue, distante et peu propice à la sincérité des échanges, tant la méfiance vis à vis de l’Etranger était quasi obsessionnelle.

Quoi de neuf sous le ciel d’Arabie depuis ?

Il y a incontestablement un changement, ou tout du moins une dynamique de changement qui semble irréversible. J’ai ressenti comme un vent de liberté en train de se lever dans un pays où le sourire et l’allégresse dans la rue et dans les bureaux étaient jusque-là quasiment synonymes de subversion ou à la limite du dévoiement. Ces marques de joie pouvaient à tout moment friser le péché, au gré de l’humeur d’une gérontocratie arcboutée sur des interprétations plus que tendancieuses de leur doxa qu’ils avaient fini par imposer au monde musulman.

Aujourd’hui, on a l’impression que le pays a rajeuni. On se demande où sont passés les censeurs qui tenaient le haut du pavé, à l’ombre des parasols et grâce à leurs brigades mobiles, surveillant les allures, les mises et les comportements des jeunes particulièrement. Il y a davantage de filles et de garçons dans les rues, une décontraction inhabituelle et une volonté d’être à l’unisson des autres jeunes du monde, mais sans les singer et sans pour autant renier leurs racines et leur passé. Exit donc ces parangons de la vertu apparente qui ont largement contribué à dénaturer l’image de la société saoudienne. Je veux parler évidemment des comités saoudiens pour « le commandement de la vertu et la répression du vice » qui ont apparemment disparu du paysage urbain.

Un autre monde est en train de voir le jour

J’ai discuté avec des garçons et des filles dans un immense centre culturel et artistique ouvert à tous les jeunes qui veulent s’adonner à toutes sortes d’activités artistiques ou pour l’apprentissage d’un nouveau métier, ouverts sur un avenir qui semblait leur échapper et qu’ils sont décidés à rattraper pour ne plus être en reste. Nous avons parlé de tout, sans tabou et surtout sans méfiance. Ils m’ont dit qu’ils voulaient briser cette image négative qui leur colle à la peau, qu’ils peuvent depuis quelques temps faire publiquement leur autocritique sans subir les foudres de la « police de la morale ». Les jeunes filles étaient pleines d’enthousiasme. Elles m’ont dit qu’elles étaient déterminées à ne plus rien lâcher des victoires qu’elles remportent quotidiennement sur des archaïsmes qui n’ont jamais été imposés par la religion, mais plutôt par la seule volonté des hommes.

J’ai assisté à des réunions hautement techniques et à des échanges avec des étrangers venus s’informer du fameux projet de développement du pays à l’horizon 2030. J’ai littéralement été époustouflé par le niveau de maîtrise de leurs dossiers par les jeunes cadres dont la moitié étaient des jeunes femmes, jonglant avec une maîtrise parfaite des concepts et des chiffres. J’ai noté la grande surprise des participants occidentaux qui ne s’attendaient pas à un tel chambardement depuis si peu de temps. Ils avaient compris que les Saoudiens avaient définitivement opté pour le soft power, que l’après-pétrole est déjà programmé dans les classes primaires et que leur jeunesse est déjà prête à relever le défi. Les garçons et les filles que j’ai rencontrés étaient fiers du projet 2030, considéré comme un rendez-vous à ne pas manquer avec l’histoire ; fiers d’ouvrir leur pays au tourisme et de nous donner rendez-vous à Al-Ula, et autour du site archéologique de Madain Saleh.

C’est vrai que les esprits chagrins vont trouver prétexte à prédire un prochain effondrement de ce sursaut, en le présentant comme un effet de mode éphémère. D’autres y voient déjà le signal de la disparition progressive de marchés jusque-là considérés comme leur chasse gardée. Sans compter ceux qui considèrent toute tentative d’émancipation comme le rétrécissement de leur domaine d’influence et l’émergence de nouveaux concurrents.

Ce sont là les quelques impressions que j’ai recueillies d’un bref séjour, qui donne envie d’aller un peu plus loin dans la découverte de cette société jusque-là peu connue. J’en retiens l’enthousiasme d’une jeunesse décidée à prendre sa part dans l’aventure mondiale. « Abchir » comme on dit en arabe pour saluer le bon augure.

Saad Khiari

Cinéaste-auteur

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Written by LA REDACTION

Toubamajalis est un site d’actualité sur le mouridisme et proposant des dossiers sur l’islam et le monde musulman.

Khassida 2019 : Kourel ndawi Serigne Touba

Congrés 2019 : La proclamation d’Abidjan, viatique de l’émigré