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Borom Darou et Borom Touba : Deux preuves irréfragables d’une confiance

S’il arrive à quelqu’un de s’armer d’une audace presque irréversible d’affirmer ou de confirmer, il peut rencontrer prochainement l’occasion de se décharger de ce qui fut certain devant un amas de nuages qui se présenta sous d’autres visages, à son niveau. S’il arrive encore à quelqu’un de faire d’un lieu l’ultime antre du salut pour ne vouloir plus s’en départir malgré prières et supplications, il va falloir quelques signes que saura voir l’esprit sans sommeil pour ne plus attendre d’être poussé mais de s’offrir les jambes volontaires afin de se tailler le sprint de sa vie pour s’envoler vers n’importe quel “ailleurs” qui lui brûle la partie du cerveau qui rappelle le lieu. S’il arrive toujours à quelqu’un d’éprouver l’insatiable besoin de faire route avec un compagnon en présence de qui l’on voit la possibilité de belles floraisons tout au long des horizons de l’itinéraire de notre aventure, la nécessité de le retenir ou de s’en débarrasser sera appréciée à l’aune de ce qu’il est prêt à faire, à laisser, à sacrifier, à taire ou dire pour l’heureux aboutissement. Il viendra, il faut le croire, l’instant qui devra révéler si le compagnon est plus un frein qu’un atout, une faiblesse qu’une force. Si son apport est une constellation d’une présence négative, croyez-moi, l’instant ne poursuivra jamais son chemin en balançant ses bras dans le vide parce qu’il devra y porter le compagnon. Pour tous faits, dires ou choix du présent, il ne manque jamais un futur loin ou proche destiné à nous amener à nous convaincre de l’impertinence de nos décisions du passé en guise de chance de nous redresser et de remettre les pendules à l’heure. Lors de sa présence sur terre, Bamba qui devait mener un séjour loin d’être tranquille a dû procéder à la rude sélection pour s’entourer d’hommes aux épaules qui résistent et dont les cœurs sont fixes et point flottants. Bamba cibla l’ordre des jalousement préservés de Dieu pour y tendre la main à quelqu’un dont rien que l’ombre laissait défiler tous les qualificatifs des victorieux dans la vaillance pour lui faire porter sa confiance: CHEIKH IBRAHIMA FATY.

Première preuve: “Yawma Alastu Lako Bamba Tànoone”

Dans mon livre “Tout haut, Touba”, c’est la traduction de ce que j’appelle le choix auroral. Les anglais disent: “the early bird catches the worm”, ce qui est l’équivalent de: “le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt”. L’importance d’agir quand les autres sont tombés dans les bras de Morphée, c’est que leurs actions suivront les nôtres et qui choisit en premier a l’honneur du bon ou du meilleur choix. Le choix porté par Bamba sur Thierno a précédé toute existence formelle dans notre cadre terrestre si l’on part de Serigne Moussa Ka. En présence dâmes à voir à perte de vue, ce qui dirige Bamba vers spécialement une, ne peut pas être le fruit du hasard. A ce moment des choix effrénés et sans repos, sans doute, mille et un prophètes ont voulu jeter leur dévolu sur le fils de Soxna Faati Issa, mais c’était sans compter sur le prophète du sommet (Psl) qui dépêcha son serviteur qui en fit élément de son ordre tout en le bénissant de son sang; ce qui corse la proximité sur terre. La préférence a été faite sans hésitation et de façon fulgurante et définitive. Celui qui opère de la sorte est rassuré et n’a point de crainte à propos d’un futur loin ou proche qui viendra lui opposer un tort du passé lié à la décision. Le titulaire du choix savait, le choisi pouvait. Alors, très loin nous retrouverons les traces de cette confiance jamais rompue en dépit des multiples atteintes qui lui sont terrestrement portées. Cheikh Ibrahima Faty devait être un acteur de premier plan dans le riche séjour de Cheikh Ahmadou Bamba et l’a pleinement été car n’ayant jamais donné l’occasion de penser qu’il n’en avait pas l’étoffe. S’il n’a pas rejoint la terre main dans la main avec Cheikh Bamba, celui-ci n’a pas cessé d’impatienter sa présence. “Bis bam judo ba takku sér bàtam ba; Séex Bàmba daw njëkëntéko ak bàyam ba” Cette attitude est à même de corroborer le caractère décisif du rôle que Mame Thierno devait jouer dans la mission de Borom Touba.

Dès qu’il s’est manifesté, Bamba a pris le soin d’être le premier à pourvoir à son accueil. “Fòfé la Bàmba tòk bindalko ab téeré; xar pér ma borxalko ndayam muy séeré” Il était arrivé une époque où Bamba eut les velléités d’explorer d’autres horizons. Mame Mor Anta Saly lui demanda de patienter l’arrivée de celui ou celle que portait Soxna Faati Issa. Sa décision dépendait alors de ce qu’allait révéler l’arrivée; c’est-à-dire si c’est un garçon ou une fille parce que si c’est un garçon, il doit sursoir à partir puisqu’il lui servira d’appui dans sa longue quête.

La confiance ne peut être plus radieuse que si l’on a la possibilité de la placer en bien des individus. Si le champ du choix était si dense, il convient de retenir que le choisi n’est ni banal ni comparable. Dans le Cid de Corneille, Don Diègue en répondant au comte sur le choix porté sur lui par le roi, lui dit: “qui l’a gagné sur vous l’avait mieux mérité”. Ainsi donc, tout s’explique.

Deuxième preuve: “[…] Déenk nàleen séen bàay Cerno”

La confiance est accordée avec une périodicité de renouvellement ou de rupture. De rupture, point de pensée tentant de l’effleurer. La confiance a gagné quelques muscles quand il s’est agi pour le Cheikh d’effectuer son départ sur le chemin de l’accomplissement de la mission. Lorsqu’on a un patrimoine circonscrit dans un espace, chaque pas qui nous éloigne doit nous rassurer grâce aux pas sur place. Dans un contexte où plusieurs détracteurs se tiennent prêts pour nous abattre et ruiner tout ce qui peut contenir une tache de rappel de notre existence, si nous comptons marquer des kilomètres de distance avec ce qui nous définit, le plus fourni en physique ne nous servira pas de double, le plus craint de tous n’aura pas notre faveur car le sceptre ne sera tendu qu’à celui qui a le cran d’être lui-même sans l’aide d’atouts superficiels. Par conséquent, la confiance est magnifiée dans toute sa splendeur quand Bamba plaça Thierno sur son siège, le temps de son retour. “Bu Bàamba dòon Musa mudim Àròna; Séeni mbir ak yòyalé mbir Nuro na” A travers son refus et sa détermination à empêcher tous les vents de peindre de poussière la couverture sur ce qui lui est confié, il fut même plus astucieux que l’intérimaire de Musa qui, en quelques jours d’absence de ce dernier, n’a pu rester infaillible jusqu’à ne plus être en mesure de fermer la porte à un détracteur qui sema la division dans la communauté. La comparaison de Cheikh Moussa Ka décrit ainsi plus la proximité entre cheikh Bamba et Mame Thierno que les conduites tenues par Thierno et Aron. Sacrifice après sacrifice, Cheikh Ibrahim s’est évertué à repousser les détracteurs, pour ne pas dire les ennemis parce qu’au niveau de Bamba, les paroles de Dieu priment: “Ina shaytana lakum aduuwun…” Disons-le, même cet ennemi n’a su être de taille face à Cheikh Ahmadou Bamba dans la mesure où le serviteur prophétique est du nombre de ceux à l’égard de qui, Dieu mit Satan en garde:

“Ina Ibàadi laysa laka alayhim sultanu wa kafa bi rabika wakila”

De l’épisode de la transmission du courrier au gouverneur jusqu’au départ, Bamba a plusieurs fois donné un souffle nouveau à sa confiance au bras droit. Toutefois, Ndamal Darou n’a jamais manqué de lui donner des gages d’en être le plus digne. Tout au long de “l’absence” du Cheikh, Thierno garda le poing fermé et les veines ouvertes car préférant voir son sang coulé que de servir des justificatifs à une faillite. Heureusement, les malveillants ont essuyé revers sur revers jusqu’au retour du confiant devant le confié.

Qui dit Thierno sans sa bravoure dit un autre.

Thierno Clapien Guéye

Écrivain-poète

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