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Découverte mouride : Il était un lieu… Keur Gu Mak

Parmi les lieux saints du mouridisme, Keur Gou Mag figure en bonne place. Sise à Diourbel, c’est dans cette demeure que Cheikh Ahmadou Bamba a rendu l’âme, en 1927, après y avoir passé 15 ans. C’est également là où le Prophète Mouhamed (Psl) a rendu visite à Serigne Touba, durant 15 jours.

Ce jour-là, le Cheikh s’est longuement entretenu avec ses disciples et ses proches. Durant toute cette journée, un dimanche de l’année 1927, il a tenu des causeries avec ses talibés dans sa demeure à Diourbel appelée Keur gou mag (la grande maison), avant de se retirer dans une pièce dans la soirée. On ne le savait pas encore, mais c’était la dernière fois que l’on voyait Cheikh Ahmadou Bamba vivant. Trois jours plus tard, le mardi, son fils ainé, Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké, arrive à Diourbel. Bamba lui avait en effet demandé de revenir à un moment bien précis. Arrivé dans l’après-midi, entre les prières de Tisbar et Takussan, il demande des nouvelles de son père à ses deux plus proches chambellans, Serigne Mamadou Lamine Diop Dagana et Serigne Matar Sylla, qui lui font savoir qu’ils ne l’avaient pas revu depuis le dimanche soir. Mais comme le Cheikh avait l’habitude de s’enfermer pendant des jours pour prier ou se recueillir, ils ne s’étaient pas inquiétés outre mesure. Serigne Cheikh Fat Tacko, également chambellan du Cheikh, les informe à son tour qu’un de ses jeunes garçons lui a confié avoir vu, le lundi matin, des traces de pas sur le sol mouillé par la pluie, là où le Cheikh s’était enfermé.

Ce qui montre que l’homme était sûrement sorti ce jour. Mais sentant que quelque chose s’était passé, Serigne Mouhamadou Moustapha prend les devants. Pour ne pas alerter la foule, il attend après la prière du crépuscule, en faveur de la pénombre, pour se rendre, en compagnie de Serigne Mamadou Lamine Diop Dagana et Serigne Matar Sylla, dans la pièce où le Cheikh s’était retiré. Là, ils font l’amer constat, Serigne Touba avait rendu l’âme. L’histoire est racontée par Serigne Moustapha Diop, un des Imams de la mosquée de Darou Khoudoss. L’Islam venait de perdre un de ses plus fervents défenseurs, le mouridisme devenait orphelin de son fondateur. Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké est parti, à l’âge de 74 ans. C’est donc à Keur Gou Mag que le saint homme a rendu son dernier souffle.

En tant que fils ainé du Cheikh, Serigne Mouhamadou Moustapha a pris les choses en main, avec sérénité. Il fait ainsi appel à son frère Serigne Bassirou qui se trouvait également à Diourbel, et à son oncle Serigne Balla Thioro. Toujours selon Serigne Moustapha Diop qui tient la confidence d’un des fils de Serigne Moustapha, ce dernier a envoyé Serigne Balla Thioro informer l’administration coloniale de la triste nouvelle. Il reviendra un peu plus tard avec un médecin qui a constaté le décès, avant d’en informer le Commandant de cercle. «Parce qu’il y en a qui disent que le commandant n’a pas été informé du décès, mais ceux qui étaient sur les lieux comme Serigne Cheikh Fat Tacko ont affirmé que l’administration coloniale avait même envoyé des spahis encercler la résidence ce jour-là, pour assurer la sécurité, pour dire qu’ils étaient bel et bien informés», souligne Serigne Moustapha Diop. Serigne Mouhamadou Moustapha s’occupe ainsi des funérailles de son père, qui sera inhumé à Touba.

La première mosquée, la photo, la visite du Prophète

Cheikh Ahmadou Bamba a passé les quinze dernières années de sa vie à Keur Gou Mag. Après plusieurs années d’exil au Gabon et en Mauritanie, le colon l’a ramené à Diourbel en 1912, mais toujours en résidence surveillée. L’endroit qui était à l’époque qu’un terrain vague appelé ‘’bay dé’’, a été modernisé et réhabilité. La vaste demeure qui s’étend sur 920m² en plein cœur de Diourbel, est aujourd’hui un lieu de pèlerinage et de recueillement des disciples mourides. Sur de grandes étendues de sable fin, les bâtiments entourent la mosquée qui avait été édifiée par le Cheikh lui-même. «Serigne Touba est arrivé ici le 12 décembre 1912, en provenance de Thieyene, après plusieurs années d’exil au Gabon puis en Mauritanie. Mais il a d’abord passé plusieurs mois dans la maison du Commandant avant qu’on ne l’autorise à venir s’installer en ce lieu», renseigne Moustapha Mohamed Dème, Kadi du tribunal islamique et fils ainé de Serigne Mohamed Dème, (qui a appris le Coran à Serigne Cheikh Gaindé Fatma et à son frère Serigne Mbacké Madina, à Serigne Abdou Khadr, à l’actuel khalife Serigne Mountakha…) Suivant toujours le vieux Dème, même avant de s’y installer définitivement, Cheikh Ahmadou Bamba se rendait de temps à autre à Keur Gou Mag, pour prier et se recueillir.

Dans leur logique d’isoler le Cheikh, les colons ne voulaient pas le laisser libre de ses mouvements, mais voyant par la suite qu’il ne prônait que la paix, ils l’ont laissé s’installer à Keur Gou Mag. «Dans un premier temps, ils l’ont laissé s’installer seul, puis ont autorisé 70 personnes à l’entourer, puis 313 personnes qui vivaient tout autour de la maison», indique Mame Mor Diané, un des conservateurs de la maison. Le fondateur du mouridisme y établit ainsi sa résidence, avec sa famille, Serigne Saliou Mbacké a d’ailleurs vu le jour à Keur Gou Mag. Le Cheikh y édifie sa première mosquée, dans laquelle il a effectué les cinq prières journalières jusqu’à la fin de ses jours. L’endroit exact où il se tenait pour prier est présentement soigneusement conservé, entouré de portes vitrées et embaumé à l’encens. Ses affaires personnelles sont également précieusement gardées dans une pièce, où le saint homme avait l’habitude de s’enfermer pour écrire.

C’est d’ailleurs dans cette pièce, qu’il a rédigé plusieurs Khassaides tels que Nourou Darayni. «Il passait son temps à prier et à louer le Prophète (Psl), parfois il pouvait s’enfermer dans une des pièces pendant plusieurs jours sans que personne ne le voit», raconte Mame Mor Diané. Serigne Touba recevait également la visite de certains chefs religieux, tels que Baye Niasse qui venait souvent de Kaolack pour s’entretenir avec l’homme de Dieu. Aujourd’hui, toutes les affaires du Cheikh laissées à Diourbel sont soigneusement conservées à Keur Gou Mag dans une pièce nommé Baytil Kitab, on y retrouve ses écrits rassemblés dans des malles en fer, 84 exemplaires du Coran écrits à la main par des érudits, des lampes, la bouilloire qu’il utilisait pour faire ses ablutions, entre autres.

Keur Gou Mag, c’est aussi le lieu où la célèbre et unique photo de Serigne Touba, enturbanné de blanc et adossé à des planches en bois, a été prise. Et c’est dans une des pièces de la maison que le Prophète Mouhamed (Psl) lui a rendu visite (Baytil Rassoul). «Pendant 15 jours, Serigne Touba et le Prophète ont été ensemble dans cette pièce», fait savoir le conservateur en désignant l’endroit en question. A Keur Gou Mag, tout est considéré comme ‘’saint’’ par les disciples mourides, même les feuilles de l’arbre sous lequel le Cheikh s’asseyait.

Source : Igfm

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Written by LA REDACTION

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