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« Keur Serigne Touba », aboutissement d’un voyage réussi et dispositifs de consolidation des daaras et dahiras

Dans la diaspora mouride, les « keur Serigne Touba » constituent des lieux de référence par excellence. Les mourides les considèrent comme des espaces d’accueil et la concrétisation d’un voyage abouti. C’est également une forme de recréation de nouveaux espaces où se tissent et consolident des liens sociaux et spirituels. Nous pouvons les considérer comme des cadres de substitution faisant office de cercles familiaux qui garantissent aux migrants un équilibre entre la vie professionnelle, religieuse et privée. L’initiation et l’enseignement religieux des enfants des disciples de la diaspora se font dans les « Keur Serigne Touba ». Les mourides de Turin vont même au-delà du cadre éducatif des enfants. Des personnes sont désignées pour aider certains adultes à parfaire leurs connaissances sur certains ouvrages de la charia et du taçawwufafin d’être en phase avec les enseignements et recommandations de Cheikh Ahmadou Bamba.

Serigne Fallou Diattara, responsable de la cellule pédagogique de la dahira de Turin, nous confie qu’un bon disciple mouride doit s’attacher à la recherche perpétuelle du savoir et se l’appliquer. Il rajoute que la vérité doit être toujours accompagnée de connaissances, à défaut elle n’aura pas d’effets sur la pratique des disciples. Cette vision de Diattara peut être rattachée à celle de Bamba qui conçoit ainsi la science :

Celui qui vous interdit de rechercher du savoir, son interdiction relève de l’égarement car celui qui empêche, en ce temps présent, aux gens de s’instruire, celui-là appelle à l’innovation exécrable car la pratique qui n’est pas inspirée par la science est entachée d’imperfections. La science et la pratique sont deux joyaux précieux qui engendrent le bonheur des Deux Mondes. Le plus noble de ses deux principes est la science, qui est une priorité, comme cela apparaît dans la sentence de l’Elu. Car celui qui agit en marge de la science, son action se présente comme une poussière en dispersion. Et celui qui a acquis la science et ne l’applique pas, celui-là est un âne chargé. (Maghaliqun-niraan) Source : www.al-hima.com

Cette recommandation de Bamba explique en partie les raisons qui amènent les disciples à donner plus de vie aux « Keur Serigne Touba » en y dispensant leurs enseignements. Elle est perçue tel un ndigueul appliqué avec fierté pour les disciples qui considèrent ces lieux comme un symbole de réussite. Ces lieux représentent pour de nombreux mourides l’articulation de la science et de l’action.

C’est dans le cadre de ces lieux également que l’on découvre, surtout lors des rencontres dominicales, la mutualisation des prérogatives des daaras et des dahiras. Nous y trouvons une articulation de la daara et de la dahira pour donner plus de consistance à la ferveur qui anime les disciples. Dans un même espace symbolique, les mourides procèdent à la transmission des savoirs effectuée dans les daaras, mais aussi de la déclamation des khassaïdes connue sous la pratique des dahiras.

Un espace d’entre aide et de solidarité

Les « Keur Serigne Touba » assurent, dans la vie du disciple, une fonction sociale répondant aux préoccupations des mourides qui sont dans le besoin. En dehors de la pratique religieuse et de l’enseigne, ils constituent également des espaces d’accueil et d’écoute afin de répondre aux sollicitations des disciples qui rencontrent des difficultés. Pour la résolution des difficultés les mourides se tournent régulièrement vers la prière. Ils profitent la plupart du temps des passages des guides religieux pour faire état de leurs difficultés et sollicitent des prières. Dans l’imaginaire mouride, tout début de solution doit nécessairement passer par les prières. C’est ce qui explique le recours récurrent à des chefs religieux comme intercesseurs pour résoudre les difficultés.

C’est ainsi que Kiné Lame chantait dans les années 1990 la question de la régularisation des sans-papiers sénégalais résidant en Italie. « Serigne Modou Bousso Dieng, yaa dem ba Italie ñanal talibés yi ñou yombal séni kayite » (Serigne Modou Bousso Dieng, c’est grâce à tes prières que les talibés d’Italie se sont faits régulariser). Cette chanson confirme non seulement la baraka que le guide spirituel répand sur les disciples migrants, mais la place également au-dessus d’une décision émanant d’une politique publique d’immigration d’un état souverain. Donc la régularisation tant chantée par les artistes et disciples mourides est le fruit d’une dense expression de la foi religieuse formulée à travers des prières imprégnées de baraka. Dans la conscience collective mouride, la mystique et la prière occupent une place importante. Les espaces de « Keur Serigne Touba » contribuent à entretenir la croyance aux prières grâce à la sacralité du lieu.

Par ailleurs, l’instauration des « keur Serigne Touba » intégrant les principes des daaras dans les villes occidentales met en exergue les rapports symboliques et économiques de la communauté. L’usage en contexte des daaras dans le milieu occidental permet aux disciples de nourrir la pratique symbolique en s’appuyant sur la dimension économique. La valeur économique est toujours rattachée à la valeur symbolique en ayant comme levier la baraka. D’où la sanctification du travail chez les mourides qu’ils considèrent comme un acte pieux. L’économie mouride est intrinsèquement liée aux symboles de la confrérie.

Par Cheikhouna Beye

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Written by LA REDACTION

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