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Le djebalu comme acte de filiation spirituelle

Le djebalu ou njebel selon O’Brien (1969), c’est l’action de se soumettre à un guide spirituel. En effet, c’est l’engagement par lequel un talibé choisit son cheikh pour accomplir son devoir religieux. Il peut se qualifier également en une filiation spirituelle qui scelle l’entrée du talibé dans la communauté par l’intermédiaire d’un guide religieux. Le djebalu, très courant au Sénégal, est avant tout un acte entièrement libre considéré comme un pacte d’allégeance. Il se révoque chez les mourides par un nouveau djebalu fait à l’endroit d’un autre guide, entraînant automatiquement l’annulation (khatch) du précédent engagement.

O’Brien a donné une formule qui reste toujours de mise, c’est l’une des rares traditions qui n’a pas subi l’effet du temps ou de la modernité. C’est une pratique qui n’a pas pris de « rides », elle se fait aujourd’hui comme dans les années 1880. Cela est confirmé par de nombreux pactes d’allégeance auxquels nous avons assisté lors du Magal de Darou Mousty le 18 juin 2011 chez le guide religieux Modou Kara Mbacké:

Je me soumets à toi corps et âme; je ferai tout ce que tu m’ordonneras et je m’abstiendrai de tout ce que tu me défendras.(Formule récitée par un nouveau disciple mouride venant d’entrer dans la communauté)

Le djebalu est une forme symbolique de prestation totale. Ici, est mise en avant la volonté de soumission du disciple mouride à l’endroit de son Cheikh-guide. Cet acte est purement libre mais peu compris par ceux qui ne partagent pas cette culture et la comparent de façon explicite à de l’esclavage. Dans certaines familles traditionnelles c’est le père de famille qui a la charge d’amener son fils faire son acte d’allégeance chez le guide religieux. Cela obéit pour la plupart du temps à un système lignager dans la dynastie des Mbacké-Mbacké60. Lors de chaque Magal de la ville de Darou Mousty, les disciples de Serigne Modou Kara ont la caractéristique de composer des chansons, comme un hymne, à l’honneur de leur guide. Écoutons l’hymne des disciples du Cheikh : Modou Kara Noureyni :

budoon xaré dani jeex; ba gord ou nibbi, soula néxoon, nga def niou jaam, mba nga diapp, di niou diay (s’il y avait la guerre, nous serions morts, aucun homme ne serait rentré, si tu voulais, tu ferais de nous des esclaves, jusqu’à nous attraper et nous vendre).

L’acte est à prendre ici comme un contrat moral et spirituel qui sous-entend des devoirs religieux mais également des droits, si on peut s’exprimer ainsi, entre le guide et le disciple. Nous interprétons que cet acte est le résultat du pacte d’allégeance que le fondateur de la confrérie avait initié avec les disciples et les compagnons à la naissance du mouridisme. C’est ainsi que Abdallah Fahmi a compris la volonté du guide :

…le pacte d’allégeance, c’est un rapport ou un pacte qui s’établit entre le maître et le disciple. Et Cheikh Ahmadou Bamba nous a appris l’importance, il nous a dit que tous ceux qui n’ont pas de guide valable, c’est Ibliss63qui va les mener certainement dans la voie de la perdition.

Même si la symbolique et l’acte restent toujours intacts, leur matérialisation prend une autre tournure aujourd’hui. L’aspect traditionnel qui vise une affiliation spirituelle est plus important chez les mourides car c’est ce qui matérialise l’appartenance à la confrérie. Cependant, ce qui est de plus en plus remarqué, c’est le gommage des relations jadis établies et vivifiées à travers ce djebalu entre le guide et son disciple. Dans la plupart des cas, l’acte de la filiation spirituelle suffit pour se réclamer mouride. On rencontre très souvent des talibés qui n’ont pas vu leur guide depuis plus d’un an voire deux. Même certains prétextent un manque de temps lors du grand Magal pour ne pas aller voir leur guide spirituel.

Une réassurance du lien entre les deux ou un raffermissement est souvent matérialisé par un acte hautement symbolique qui s’appelle le « hadiya ».

Par Cheikhouna Beye

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