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Les buts de l’enseignement coranique

L’enseignement musulman est basé sur l’apprentissage du Coran plus ou moins par cœur, prodigué par un maître ayant lui-même une certaine connaissance du Livre (Kitâb) sacré, des ahâdîth (les paroles du prophète Muhammad), de la jurisprudence islamique (fîqh) et du dogme et des pratiques rituelles musulmanes.

« L’éducation islamique se transmet de génération en génération et ses principes varient peu, car ils ont une base divine puisée dans le Coran et dans le comportement du Prophète. Cette éducation vise autant la formation de l’âme que l’acquisition du savoir, dans le but de former un être humain soumis à Dieu et à ses lois. Toute l’éducation doit suivre l’évolution de l’enfant et être adaptée à son degré de maturation. » [Gandolfi, 2003 : 262-263]

L’apprentissage dans les écoles coranique sert à préserver l’intégrité de la culture et de la communauté islamique (umma). Le maître doit enseigner aux taalibe le Coran et les pratiques de l’islam. Il est censé leur inculquer aussi certaines valeurs comme l’obéissance, le respect, la soumission ainsi que l’humilité et l’entraide, quels que soient leur statut social, leur caste d’appartenance ou leur ethnie d’origine. Ces qualités sont en effet très valorisées dans tout le monde musulman, et aussi dans les cultures et les traditions sénégalaises.

« L’école coranique apparaît comme un des lieux où les distinctions sociales ne se manifestent pas. (…) Le statut commun d’élève (…) efface toute différenciation sociale; personne n’échappe à l’apprentissage ascétique, aux punitions et aux corvées. » [Fortier, 1997 : 96]

Depuis l’origine de l’enseignement coranique, les meilleurs élèves souhaitant perfectionner leurs connaissances religieuses doivent parcourir de grandes distances afin de bénéficier d’enseignements plus approfondis auprès d’autres érudits renommés pour leur spécialisation dans l’un ou l’autre domaine de la religion musulmane – droit, grammaire etc. La migration à visée d’apprentissage coranique est donc une pratique très ancienne, et il est très positif pour un futur maître d’être reconnu comme qualifié dans plusieurs domaines de compétence religieuse. Dans le milieu nomade saharien d’où provient l’islam pratiqué au Sénégal, la ghurba (“exil”) ou la rihla (“voyage initiatique”) permettant de bénéficier de la transmission religieuse des grands maîtres donneront du prestige au taalibe [Ould Abdellah, 2000 : 78-79].

Cette tradition s’est aussi développée au Sénégal ; comme dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, il semblerait que le contexte géographique, historique et surtout ethnique dans lequel est pratiqué cet apprentissage coranique influence dans une proportion certaine l’importance de « l’art de la migration » [Kuczynski, 2002 : 116], notamment lorsque l’élève envisage de devenir lui-même un sëriñ. Au-delà de la valorisation de ces voyages dans le cadre de l’apprentissage de l’islam, traditionnellement en milieu africain ils sont souvent envisagés comme des sortes de rites d’initiation, qui permettent de former l’individu, afin qu’il trouve sa place au sein de sa lignée et de sa communauté, et qu’il s’endurcisse. Comme je l’expliquerai ultérieurement, le système d’éducation coranique et confrérique sénégalais est lui-même basé sur ces principes de dureté et d’incorporation profonde de valeurs, permettant la reproduction sociale d’un ensemble de comportements symboliquement importants dans la culture de cette société.

« Mais aller ailleurs (…) a aussi une valeur heuristique évidente : ces années d’apprentissage hors de chez soi sont considérées comme une étape indispensable dans la constitution de la personnalité, qu’on soit marabout ou non. (…) De ces valeurs proprement africaines, où il s’agit de former un homme, l’on peut certes, rapprocher celles que l’islam met en exergue, avec des connotations différentes : pérégrinations à des fins spirituelles (siyâha) d’origine soufi, qui clôturent le cycle d’apprentissage, ou safar des Diakhanké, aux buts plus explicitement pragmatiques (enseignement de l’islam, recrutement de disciples, vente d’amulettes de protection, recueil de fonds auprès de fidèles lointains, commerce). (…) Mais demeure, chez tous, ce besoin du détour par l’ailleurs pour devenir soi. » [Kuczynski, 2002 : 70]

De plus, dans l’islam, la recherche de la connaissance est très valorisée, comme le rapporte la tradition de certains ahâdith du prophète Muhammad : par exemple, “Du berceau jusqu’à la tombe, recherche le savoir” ; “L’étude de la science a la valeur d’un jeûne, l’enseignement de la science celle d’une prière” ; ou le plus connu : “Va chercher la science, jusqu’en Chine s’il le faut”. Dans ce cadre, comme nous l’avons vu, l’enseignement coranique est une obligation pour toute personne possédant un certain savoir religieux, qu’il se doit de transmettre à son tour, afin de perpétuer et si possible d’accroître la umma.

Titre : Les ”talibés” du Sénégal : une catégorie de la rue, prise entre réseaux religieux et politiques d’action humanitaire

Auteur : Joanne CHEHAMI

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