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L’identité rurale chez le mouridisme

L’attachement aux zones rurales est né en grande partie de l’importance que les mourides accordent à la valeur du travail car celle-ci représente une part importante de la tradition mouride. Compte tenu de l’affluence des fidèles, le Cheikh s’est très vite rendu compte que le salut du mouridisme ne peut se réaliser que dans le travail qui a comme socle la soumission aux ordres divins. En effet, il ne voulait pas dépendre de personne et voulait leur apprendre à se suffire de ce qu’ils ont. Cette attitude est d’autant plus forte que les mourides ont toujours eu des projets communs. Ce fut le cas de l’édification du chemin de fer entre Diourbel36et Touba financé par leur propre fonds.

Cette vision traditionniste de la solidarité rurale fonde même et consolide une culture solidaire chez les mourides. Cette solidarité mouride devient une forme traditionnelle qui vient en renfort de la consolidation des liens sociaux et spirituels garantis par les guides religieux. Ces derniers se chargent de la redistribution des richesses aux plus nécessiteux de la confrérie. Le guide est une sorte de régulateur social qui gère les biens de la confrérie comme on gère une caisse de répartition en des moments où les fidèles ont besoin d’une assistance.

Cette assistance met mal à l’aise certains mourides car ils estiment que c’est à eux de donner une aide à leur guide et non le contraire. C’est ce qui pousse certains disciples à la recherche d’un autre travail plus rémunérateur avec la bénédiction de leur Cheikh. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’exode rural et le voyage vers l’occident sont sentis comme une mission où la réussite devient une tradition obligatoire si on ne veut pas déshonorer sa famille et ses proches. Dans cette réussite qu’ils sont allés chercher, le guide investit sa baraka à travers les prières formulées à l’endroit du disciple mais aussi par les extraits de versets de coran qu’ils portent en guise de protection.

Vouant une soumission et une foi indéfectibles à leur guide religieux, les mourides présentent un modèle culturel qui suscite beaucoup de curiosité surtout dans le monde occidental. Cette identité particulière confère aux mourides une singularité qui fait d’eux un objet de curiosité culturel et traditionnel à travers le monde.

Le départ des fidèles vers les grandes zones urbaines a engendré au sein de cette communauté une reterritorialisation et une reconfiguration des relations entre les disciples. L’exode rural de la communauté mouride s’est déroulé en deux phases. D’abord les départs étaient dus par la récurrence des sécheresses dans les années 1970 et à la baisse de la productivité de l’arachide qui était la principale ressource financière de la confrérie. C’est cet état de fait qui a amené les mourides à se lancer dans le petit commerce non formel en s’installant dans les grandes villes comme Dakar.

Une fois le maillage de l’espace urbain assuré, les mourides ont mis en place des structures qui ont permis de re-contextualiser leurs pratiques culturelles et cultuelles. C’est la naissance des dahiras (dans sa version moderne, c’est une association permettant aux fidèles qui ont les mêmes aspirations de se retrouver, souvent le week-end, afin d’opérer des pratiques cultuelles et culturelles. C’est le trait d’union entre les fidèles et leurs guides spirituels) qui est une réplique des daaras bien adaptées dans l’espace rural.

L’évolution des traditions a engendré une nouvelle approche quant à la reconfiguration du groupe qui se libère de plus en plus en découvrant de nouveaux espaces où la pratique religieuse se déploie et offre un cadre d’études à la recherche occidentale. Cette évolution de la confrérie est accompagnée d’un besoin de conquérir de nouveaux espaces physiques etsymboliques afin de pourvoir y déployer les traditions et d’y créer d’autres. C’est ainsi que certaines traditions mourides prennent des allures plutôt culturelles que religieuses. C’est ce qui fait glisser les mourides d’une confrérie vers un groupe de société avec ses normes, ses codes, ses rites de passage, son ouverture « profane » et ses croyances internes.

Par Cheikhouna Beye

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