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Sonny Bill Williams, la star musulmane des All Blacks, se confie sur sa conversion à cœur ouvert

Plus de trois semaines se sont écoulées depuis le massacre de Christchurch qui a horrifié la Nouvelle-Zélande, et au premier chef la communauté musulmane qui a perdu 50 de ses membres, si cruellement arrachés à la vie dans deux Maisons de Dieu, lors d’un vendredi 15 mars funeste.

Un vendredi, placé sous le signe de la grande prière collective traditionnelle, dont le souvenir douloureux n’est pas prêt de s’effacer pour Sonny Bill Williams, la star musulmane des All Blacks.

Le rugbyman au grand cœur, qui est sans conteste le converti à l’islam le plus adulé par ses compatriotes, est encore fortement ébranlé par cette tragédie qui est d’autant plus effroyable qu’elle était inimaginable dans son pays, réputé pour son art de vivre ensemble.

Face à John Fontain, un Britannique qui a lui aussi embrassé l’islam, le colosse néo-zélandais du ballon ovale, sous le maillot duquel bat le cœur d’un être sensible et vulnérable, a brisé sa carapace, se confiant pour la première fois à cœur ouvert devant la caméra.

Il a évoqué le cheminement intime qui l’a conduit irrésistiblement vers la religion musulmane, alors qu’il évoluait sur son terrain de prédilection en Australie, au sein des Canterbury-Bankstown Bulldogs, mais aussi la récente conversion de sa mère qui fut un instant de pur bonheur, né du grand malheur qui venait de frapper sa terre natale.

« J’ai grandi en tant que chrétien et, pour être honnête, je me suis toujours senti un peu mal à l’aise, non pas à cause du dogme catholique, mais par l’environnement », a-t-il déclaré en préambule.

Et de poursuivre : « Les musulmans que j’ai rencontrés à l’époque en Australie avaient une aura autour d’eux, ils semblaient heureux, ils n’étaient jamais tristes. Ils m’ont toujours réservé le meilleur accueil. C’est comme ça, et à travers eux, que j’ai découvert l’islam ».

Ce n’est que quelques années plus tard, en 2008, à Toulon où il donnait la pleine mesure de son talent, que Sonny Bill Williams, grâce aux liens étroits d’amitié qu’il avait noués avec une famille tunisienne installée dans le Var, franchira le pas de la conversion et prononcera solennellement la Shahada.

La qualité de sa relation avec cette famille soudée et aimante, qui chérissait ses cinq enfants et lui a ouvert grand les portes de son foyer, lui apportant du réconfort de manière totalement désintéressée, au moment où il commençait à souffrir de l’éloignement, l’a fortement impressionné et émerveillé à la fois. A ses yeux, ils incarnaient tous, des parents aux enfants, la « beauté de l’islam » et contribuèrent grandement à renforcer sa foi naissante.

A l’évocation de la conversion à l’islam de sa mère, Sonny Bill Williams n’a pu retenir ses larmes. « C’était vraiment spécial », s’est-il épanché, en essuyant ses yeux brillants.

Sonny Bill Williams posant avec sa mère, fraîchement convertie, et son frère John, devenu musulman il y a plusieurs années

« C’est la beauté des musulmans, c’est que nous considérons ce dunya (la vie dans le monde d’ici-bas) comme un attachement. Nous ne sommes que des passagers sur terre et Inshallah, nous nous tenons dans la grâce d’Allah. C’est ce que je pense depuis longtemps », a-t-il souligné.

« Je n’ai pas toujours été parfait, je suis un être humain avec ses faiblesses. Mais je m’efforce de m’améliorer et, humblement, je peux le dire : j’ai une belle femme et de beaux enfants. Oui, nous commettons des erreurs, mais dans des moments particulièrement difficiles, nous avons notre but. Nous avons notre phare brillant ».

Et de renchérir, en ayant une pensée émue pour son frère aîné John, qui a également choisi de devenir musulman il y a plusieurs années de cela : « Je suis tellement heureux que ma mère ait vu cela. Elle vient de découvrir par elle-même à quel point se rapprocher d ‘Allah pouvait transformer nos vies, de manière bénéfique ».

Depuis les attaques terroristes qui ont lourdement endeuillé les mosquées Al Noor et Linwood de Christchurch et mis les cœurs en berne en Nouvelle-Zélande, l’angoisse qui étreint la femme de Sonny Bill Williams, à chaque fois qu’il doit quitter la maison, est une source supplémentaire d’accablement.

« Voir ma femme aussi anxieuse et même pleurer, dès que je sors pour remplir mes obligations, me remplit de tristesse », se désole-t-il.

Quand il n’arpente pas les vertes pelouses, le très populaire joueur des All Blacks prend désormais son bâton de pèlerin pour prêcher la bonne parole, démystifier l’islam auprès de ses concitoyens, en exhortant à privilégier la Connaissance afin de ne pas s’enfoncer dans les ténèbres de l’ignorance.

« Le message que j’essaie de faire passer est celui de la beauté et de l’intelligence du cœur. C’est autour de cela que nous devons nous rassembler dans notre communauté. OK, vous êtes catholiques, vous êtes chrétiens, vous êtes peut-être athées, mais si votre message et votre objectif sont d’essayer d’être positifs dans la société, alors je ne peux que vous suivre dans cette voie-là », clame-t-il avec force.

Alors que tous les regards se tournent vers lui et que ses paroles sont écoutées religieusement par une population meurtrie, qui a réussi à transcender magnifiquement ses différences pour ne faire plus qu’un, Sonny Bill Williams prend très à cœur son nouveau rôle de porte-parole de la communauté musulmane.

« Au nom de tous les musulmans, je tiens à vous dire que nous vous aimons. Nous voulons juste être acceptés comme vous voulez être acceptés. Et si jamais le sentiment de haine bouillonne en vous, je ne saurais trop vous conseiller de tendre la main à une personne de confession musulmane. Car elle vous révélera ce qui est enseigné dans notre religion : c’est l’amour », a-t-il conclu de manière vibrante, submergé par l’émotion.

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